Vendredi soir à Conakry. Pendant que certains regardaient le journal télévisé pour connaître la météo du week-end, d’autres ont découvert qu’ils faisaient eux-mêmes partie du bulletin d’information.
À la présidence, on ne parle plus de remaniement mais de ventilation administrative. Un coup de décret par-ci, un coup de décret par-là, et voilà que les fauteuils ministériels se mettent à tourner plus vite que les ventilateurs du Palais Mohammed V.
Dernier épisode en date : Algassimou Diallo, jadis procureur vedette du procès du 28-Septembre, devenu avocat général près la Cour suprême, a connu une journée qu’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi. D’abord radié de la magistrature, puis privé de son grade de Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Deux décrets pour le prix d’un. Une véritable promotion à l’envers.
La célérité de la procédure mérite d’ailleurs l’admiration. Dans un pays où certaines affaires judiciaires prennent parfois le temps de mûrir comme du bon vin de palme, celle-ci aura été réglée à la vitesse d’une connexion fibre fraîchement installée. Suspension, conseil disciplinaire, révocation et retrait de décoration : en quelques jours, le magistrat est passé du statut d’éminente personnalité judiciaire à celui de simple citoyen.
Officiellement, le Conseil supérieur de la magistrature évoque des « manquements graves » aux devoirs de la profession, ainsi qu’à l’honneur et à la dignité du magistrat.
Entre-temps, la télévision nationale a évoqué un supposé échange téléphonique avec l’opposant Cellou Dalein Diallo. Du côté de l’UFDG, on dénonce un « montage grotesque » et l’on conteste l’existence même de la conversation. Autrement dit, dans cette affaire, tout le monde parle… sauf les enregistrements eux-mêmes.
Ce qui intrigue surtout, c’est le calendrier. La veille encore, deux ministres étaient limogés sans explication officielle. Aujourd’hui, un magistrat est radié et déchu de sa décoration nationale. À ce rythme, les chroniqueurs politiques guinéens vont finir par demander un abonnement annuel aux décrets présidentiels plutôt qu’aux journaux.
Les observateurs les plus facétieux commencent d’ailleurs à distinguer une nouvelle doctrine gouvernementale : la surprise permanente. En Guinée, le suspense ne réside plus dans la nomination des responsables mais dans leur maintien en poste au réveil du lendemain.
Pendant ce temps, au Palais, on assure vouloir renforcer la discipline, l’éthique et la rigueur au sein des institutions. Un objectif respectable. Mais dans les couloirs de l’administration, certains fonctionnaires auraient déjà adopté une nouvelle devise de prudence : « Mieux vaut vérifier le Journal officiel avant de commander son café du matin. »
Car la question n’est plus seulement de savoir qui tombe. Elle est de savoir qui sera le prochain à découvrir son sort entre deux reportages du journal de vingt heures.
En République de Guinée, manifestement, le décret est devenu un sport national. Et le vendredi soir, une discipline à haut risque.







