Ils étaient diplomates. Ils sont désormais spécialistes de la débrouille internationale.
Depuis leur rappel officiel, le 13 mars dernier, par le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, 48 diplomates guinéens vivent une étrange mission à l’étranger : rentrer au pays… sans pouvoir rentrer au pays.
En théorie, l’affaire est simple comme un communiqué ministériel. Fin de mission, billet d’avion, déménagement des effets personnels, poignée de main, photo souvenir et retour au bercail. Dans la pratique, c’est une autre forme de diplomatie : celle de l’attente.
Cinq mois plus tard, les billets semblent voyager plus lentement que le courrier diplomatique du siècle dernier. Quant aux fameux conteneurs de 20 pieds promis pour les effets personnels, ils naviguent peut-être quelque part entre les bonnes intentions administratives et les contraintes budgétaires.
En attendant leur hypothétique décollage, les diplomates rappelés continuent de séjourner dans leurs pays d’affectation. Une situation déjà inconfortable. Mais en juillet, le scénario a pris des allures de vaudeville bureaucratique : certains ont découvert que leur salaire avait été suspendu.
Une innovation administrative redoutable : être toujours à l’étranger parce que l’État ne vous a pas rapatrié, mais ne plus être payé parce que votre mission est terminée.
À ce rythme, les chancelleries guinéennes pourraient bientôt servir de laboratoire mondial sur le thème : “Comment survivre sans salaire dans un pays où l’on n’est plus censé travailler.”
Selon plusieurs témoignages, certains diplomates peinent désormais à faire face aux dépenses les plus élémentaires. Les loyers s’accumulent, les inquiétudes aussi. Dans plusieurs capitales étrangères, des familles guinéennes redoutent même une expulsion de leur logement.
Pas vraiment l’image de marque qu’un pays aime exporter à l’international.
Le plus surprenant reste sans doute l’inégalité de traitement. Ces derniers jours, quelques diplomates ont finalement vu apparaître leur salaire de juillet sur leur compte bancaire. Miracle de l’été ? Réveil tardif d’un logiciel de paie ? Mystère administratif. Car d’autres attendent toujours, condamnés à contempler des comptes aussi vides que les explications officielles.
Pendant ce temps, les intéressés cherchent désespérément un interlocuteur capable de leur dire quand ils seront rapatriés, payés ou, tout simplement, entendus.
Dans les couloirs du ministère, le dossier semble avancer à la vitesse d’un escargot chargé d’un conteneur de 20 pieds.
Pour les 48 diplomates concernés, pourtant, le temps presse. Car lorsqu’un État rappelle ses représentants sans organiser leur retour, puis coupe les ressources de certains d’entre eux, ce n’est plus seulement un problème administratif. C’est une affaire qui commence à embarrasser sérieusement la diplomatie qu’ils étaient censés incarner.
Les diplomates attendent. Les loyers aussi.
Affaire à suivre.







