Un nouvel épisode vient illustrer les tensions croissantes entre le président Bassirou Diomaye Faye et le camp parlementaire dominé par Ousmane Sonko. L’Assemblée nationale du Sénégal a annoncé la suspension de la séance plénière prévue ce 19 août 2026 pour examiner la proposition de loi sur le régime juridique des crédits spéciaux, après la saisine du Conseil constitutionnel par le gouvernement.
Selon plusieurs sources concordantes, le Premier ministre Mohamed Al Aminou Lo a demandé au Conseil constitutionnel de déterminer si certaines dispositions du texte relèvent du domaine de la loi ou du pouvoir réglementaire. L’Exécutif estime que plusieurs articles empiètent sur ses prérogatives constitutionnelles.
Dans un communiqué au ton inhabituellement ferme, l’Assemblée nationale a dénoncé ce qu’elle considère comme une « volonté d’obstruction systématique » du processus législatif visant à renforcer la transparence dans la gestion des deniers publics. Les députés soulignent par ailleurs qu’aucune disposition de la Constitution ou du règlement intérieur du Parlement ne prévoit explicitement un effet suspensif automatique d’un tel recours.
Malgré cette lecture juridique, le Parlement affirme avoir « souverainement » décidé de suspendre la plénière afin de préserver « la stabilité, l’élégance républicaine et le dialogue entre les institutions ».
Au-delà du débat technique sur les crédits spéciaux, cette affaire révèle l’approfondissement d’un bras de fer politique entre l’Exécutif et une Assemblée nationale largement acquise à Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko. Elle intervient quelques jours après les divergences apparues autour de la réforme de la déclaration de patrimoine, un texte adopté par les députés mais que le président Bassirou Diomaye Faye souhaite soumettre à référendum.
Pour de nombreux observateurs, ce nouvel affrontement confirme l’existence de deux pôles de pouvoir au sommet de l’État sénégalais. D’un côté, un président qui cherche à affirmer son autorité institutionnelle ; de l’autre, un appareil parlementaire fortement influencé par son ancien mentor politique devenu président de l’Assemblée nationale. Le Conseil constitutionnel se retrouve désormais au cœur de cette confrontation et son arbitrage sera scruté comme un test majeur de l’équilibre des pouvoirs au Sénégal.







