À peine un mois après la formation du gouvernement de la « Nouvelle République », le président guinéen Mamadi Doumbouya a créé la surprise en mettant fin aux fonctions de deux membres de son équipe : Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, et Mory Condé, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale. La décision a été annoncée dans un décret lu à la télévision nationale le vendredi 21 août, sans qu’aucune explication officielle ne soit avancée.
Dans l’immédiat, les secrétaires généraux des deux départements ont été chargés d’assurer l’intérim, en attendant la nomination de nouveaux titulaires.
Cette double éviction alimente les interrogations à Conakry. Le gouvernement avait été largement renouvelé ces dernières semaines dans le cadre de la mise en place des nouvelles institutions issues du processus conduit par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).
Un décret sans explications
Le fait marquant demeure l’absence de justification publique. Ni le décret présidentiel ni les premières communications officielles n’indiquent les raisons ayant conduit au départ des deux ministres.
Cette discrétion contraste avec les nombreuses spéculations qui circulaient depuis plusieurs jours dans les milieux politiques guinéens. Des rumeurs faisaient état d’éventuelles auditions ou enquêtes visant certains responsables gouvernementaux. Quelques jours auparavant, la présidence avait pourtant rejeté ces informations par la voix de son porte-parole, le général Amara Camara.
Le limogeage de Mourana Soumah apparaît d’autant plus significatif qu’il occupait un portefeuille stratégique. Son ministère se trouvait au cœur de plusieurs dossiers sensibles liés à la régulation du secteur médiatique, à la transformation numérique de l’administration et aux ambitions de modernisation technologique affichées par les autorités guinéennes.
Le cas Mory Condé
L’éviction de Mory Condé retient également l’attention des observateurs. Figure bien installée au sein de l’appareil d’État depuis les premiers mois qui ont suivi l’arrivée au pouvoir du CNRD en septembre 2021, il était souvent considéré comme l’un des piliers du dispositif gouvernemental. Son maintien à travers plusieurs réorganisations ministérielles lui avait valu la réputation de responsable « incontournable » du régime.
Son départ, en même temps que celui de Mourana Soumah, renforce l’impression d’un réajustement politique décidé au sommet de l’État.
En l’absence d’explications officielles, toute interprétation reste toutefois prudente. Les informations disponibles permettent uniquement d’établir que le chef de l’État a choisi de se séparer de deux ministres et d’un conseiller de la présidence, Mahamadou Abdoulaye Diallo, également remercié dans la même séquence.
Pour de nombreux observateurs de la vie politique guinéenne, cette série de décisions pourrait néanmoins traduire une volonté du président Doumbouya de reprendre l’initiative et de rappeler que l’autorité ultime demeure concentrée à la présidence.
Reste désormais à connaître les noms des successeurs appelés à remplacer Mourana Soumah et Mory Condé. Le choix des nouveaux ministres permettra sans doute de mieux comprendre les intentions du chef de l’État et l’orientation qu’il entend donner à son gouvernement au cours des prochains mois. Pour l’heure, une seule certitude s’impose : à Conakry, ce remaniement inattendu a rouvert le champ des spéculations sur les équilibres internes du pouvoir.







