Parallèlement aux déclarations martiales et à la rhétorique souverainiste des junte militaires au pouvoir, la détérioration sécuritaire s’accélère dans l’espace AES. Au sud-ouest du Niger, de récentes attaques terroristes ont une nouvelle fois jeté des centaines de civils sur les chemins de l’exil, mettant à nu l’incapacité tragique des autorités à protéger leurs propres citoyens.
Alors que les dirigeants de la confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) répètent à l’envi que la rupture avec les partenaires traditionnels et la militarisation du pouvoir constituent la clé de la souveraineté retrouvée, la réalité sur le terrain offre un désaveu cinglant à cette posture.
Dans le sud-ouest nigérien, les incursions répétées des groupes armés terroristes viennent d’entraîner le déplacement forcé de centaines de familles. Dépossédées de leurs biens et livrées à elles-mêmes, ces populations paient le prix fort d’une stratégie sécuritaire qui peine à dépasser le stade des slogans politiques.
La stratégie du vide
Loin des victoires promises par les canaux de communication officiels, les failles sécuritaires du gouvernement nigérien deviennent béantes. Le retrait ou la réorganisation des forces dans certaines régions stratégiques laisse des zones entières à la merci des groupes jihadistes. L’absence de réponse étatique efficace et le manque de protection des civils soulignent les limites d’un pouvoir centralisé plus préoccupé par sa consolidation politique que par l’urgence humanitaire qui sévit dans les provinces.
Ce constat ne s’arrête pas aux frontières du Niger. Il illustre le mal profond qui ronge l’ensemble des pays formant l’AES (Niger, Mali, Burkina Faso). En érigeant le populisme anti-occidental et la militarisation à outrance en doctrines d’État, les régimes en place ont réussi à galvaniser une partie de l’opinion publique, mais au détriment d’une feuille de route sécuritaire réaliste et pérenne.
L’illusion souverainiste face au défi terroriste
En coupant les canaux de coopération sécuritaire et multilatérale sans avoir bâti d’alternatives opérationnelles crédibles, l’AES s’est enfermée dans une rhétorique d’autosuffisance dramatiquement déconnectée des capacités réelles de ses armées.
Aujourd’hui, l’instabilité grandissante, l’extension des zones d’ombre échappant à tout contrôle étatique et l’explosion du nombre de déplacés internes témoignent de la gravité de la situation. Le piège du populisme se referme : à force d’imputer l’insécurité à des ingérences extérieures tout en ignorant l’effondrement des structures locales de protection, les autorités nigériennes et leurs alliés de l’AES laissent le champ libre aux insurgés. Et ce sont, comme toujours, les populations civiles qui en subissent les conséquences dévastatrices.







