La Confédération des États du Sahel (AES), alliance regroupant les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, a franchi une nouvelle étape dans le contrôle de son récit officiel en démarrant, mercredi, les émissions de sa chaîne officielle Tafouk TV.
Sous le prétexte affiché de promouvoir la « souveraineté informationnelle » et l’intégration régionale, les juntes au pouvoir consolident leur emprise sur le paysage médiatique local.
Le signal de la chaîne a été émis à 08h00 GMT depuis Bamako, marquant le lancement effectif d’un projet orchestré par les ministères de la Communication des trois pays. Si l’appareil étatique promet une valorisation des cultures et langues locales, Tafouk TV vise avant tout à diffuser de manière unilatérale les discours officiels et à verrouiller la communication autour des politiques menées par la Confédération.
Un paysage médiatique sous verrouillage militaire
Présentée comme un levier pour « répondre aux enjeux de la désinformation », la création de ce média confédéral intervient pourtant dans un contexte de répression accrue de la presse indépendante dans la région. Alors que les médias internationaux y sont régulièrement suspendus et que les journalistes locaux font face à des pressions incessantes, l’émergence de Tafouk TV apparaît davantage comme une tentative de saturation de l’espace public par une information d’État filtrée.
Le projet avait été formalisé en décembre 2025 à Bamako avant d’être officiellement validé par le Collège des chefs d’État de l’AES, puis structuré en juin 2026 par l’installation d’un conseil d’administration contrôlé par les autorités. Pour parfaire ce dispositif de communication confédérale, l’AES s’appuie également sur la radio Daandè Liptako, confirmant une stratégie globale d’encadrement de l’information à destination des populations sahéliennes.
Avec le nom « Tafouk » (signifiant « soleil » en tamasheq), le pouvoir en place tente d’enrober d’une symbolique culturelle un outil qui risque fort de se cantonner à la célébration des régimes militaires et à la justification de leurs orientations politiques, au détriment d’un véritable pluralisme démocratique.







