À titre expérimental, après plusieurs tentatives, la Guinée-Bissau a organisé cette année, fin août dernier, pour la première fois, les examens nationaux des élèves de terminale des lycées.
L’organisation d’examens nationaux est une exigence de l’Union Monétaire Ouest Africaine, UMOA, et de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine, UEMOA, pour l’harmonisation du niveau de l’enseignement pré-universitaire.
Les pays du Franc des anciennes colonies françaises d’Afrique, en abrégé F CFA, sont : Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Togo, Bénin, Niger et Guinée-Bissau. Il est important d’informer que la Guinée-Bissau était une colonie portugaise mais que par nécessité d’intégration de la zone économique monétaire, elle s’est vue obligée d’adhérer à cette communauté du F CFA en mars 1997.
Manuel da Costa, l’un des professeurs sélectionnés pour la réalisation des examens nationaux, a assuré à LNA que cette première expérience s’est soldée par un échec total avec des taux d’échec où sur dix finalistes de 12ème année, seulement trois ont obtenu des notes positives pour entrer dans les universités de la zone UMOA/UEMOA.
Il a ajouté que ces très mauvais résultats ont conduit le ministre de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur, l’ingénieur géologue Bacar Banjai, à convoquer d’urgence les principaux responsables de son département pour analyser ensemble et proposer des solutions pour la valorisation de l’enseignement et de sa crédibilité et tenter de résoudre les obstacles rencontrés. Les goulots d’étranglement se cumulent :
1) Les grèves successives des syndicats d’enseignants au cours des deux dernières décennies.
2) La faible préparation des élèves dans l’enseignement primaire.
3) Le non-respect du programme scolaire dans de nombreuses écoles du pays.
4) La faible, voire l’absence d’inspecteurs pour assurer le suivi de l’enseignement-apprentissage et noter les insuffisances et les difficultés des enseignants.
5) La négligence de nombreux enseignants dont certains travaillent sans plans journaliers, d’autres entrent en classe en état d’ivresse et d’autres accumulent des absences successives, privilégiant les écoles privées qui paient mieux.
6) La faible collaboration de l’écrasante majorité des parents et tuteurs. En général, les parents et tuteurs ne participent pas aux réunions des écoles et ne vérifient pas le travail de leurs enfants.
7) Le manque d’unification de la matière scolaire. En pratique, chaque école et chaque enseignant sélectionne la matière à donner en classe, un véritable désordre et une anarchie dans l’enseignement-apprentissage bissau-guinéen.
8) Les faibles salaires des enseignants. Les enseignants licenciés perçoivent en moyenne 215 000 francs CFA par mois. Ce salaire est manifestement insuffisant pour faire face au coût de la vie qui ne cesse d’augmenter dans le pays.
9) Manque de matériel didactique suffisant et accessible aux élèves.
10) Pénurie de bibliothèques dans la capitale Bissau. Pour consulter ce que les professeurs leur donnent, les élèves ne recourent qu’à deux bibliothèques : celle de l’Ambassade du Portugal et de la France.
11) Manque de rigueur dans l’enseignement. Un élève bissau-guinéen termine le lycée sans pouvoir s’exprimer couramment en portugais ni savoir écrire correctement la langue de Camões.
La réunion qui a rassemblé le ministre Bacar Banjai, les directeurs des lycées, les responsables de départements, des experts, des partenaires et des associations d’élèves, d’enseignants et de parents et tuteurs a duré trois jours et a identifié ces fragilités et insuffisances dans l’enseignement bissau-guinéen.







