Les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger lorgnent sur la grande messe du football continental. Une tentative de « sportswashing » poussée jusqu’à l’absurde dans une région rongée par l’instabilité.
Quand on piétine les règles démocratiques les plus élémentaires, il est tout simplement impossible d’incarner et de respecter les règles du jeu. C’est pourtant le grand écart acrobatique auquel se livrent les juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES). En avançant l’idée d’une candidature commune pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2032, Bamako, Ouagadougou et Niamey tentent un coup de bluff politique majeur : utiliser la passion du ballon rond pour s’acheter une respectabilité internationale à bon compte.
Le sport comme paravent de l’arbitraire
Le sport d’élite n’est pas neutre. Il repose par essence sur un pacte d’équité : des règles du jeu claires, des autorités d’arbitrage indépendantes, la transparence des comptes et le respect sacré du résultat. Soit exactement tout ce que les pouvoirs militaires de la région s’évertuent à détruire sur le plan politique.
Comment des régimes nés de coups d’État, qui ont suspendu les libertés individuelles, muselé la presse indépendante et verrouillé les institutions constitutionnelles, pourraient-ils se poser en garants du « fair-play » ? Cette démarche s’inscrit dans une stratégie éprouvée de sportswashing (blanchiment par le sport) : détourner l’attention des opinions publiques et braquer les projecteurs sur les projecteurs des stades pour faire oublier les zones d’ombre du pouvoir autoritaire.
L’épreuve des faits : le grand vide des infrastructures
Au-delà de la posture éthique, le projet se heurte au mur du réel. Les exigences de la Confédération Africaine de Football (CAF) pour l’organisation d’une CAN à 24 équipes sont devenues gargantuesques, et les trois pays sont à des années-lumière du compte :
Des enceintes hors normes : Le Niger, le Mali et le Burkina Faso manquent cruellement de stades homologués aux normes internationales strictes de la FIFA. À Niamey, le stade principal a même régulièrement fait l’objet de suspensions par les instances sportives pour non-conformité.
- Un mirage financier et logistique : Réseaux routiers, capacité hôtelière de haut standing, transports aériens interconnectés, hôpitaux aux standards de pointe… La facture se chiffrerait en centaines de milliards de francs CFA.
- Des priorités déconnectées : Injecter des fortunes dans du béton sportif alors que les populations souffrent de précarité économique et que la région fait face à une crise humanitaire majeure relève du déni absolu.
Le piège tendu aux instances du football
La question sécuritaire demeure le point le plus critique. Comment prétendre accueillir sereinement des dizaines de sélections nationales, des officiels et des milliers de supporters étrangers dans une région en proie à une instabilité chronique et à la menace terroriste ?
En prêtant une oreille bienveillante à cette candidature d’affichage, les instances dirigeantes du football africain risquent de se transformer en figurants dociles d’un théâtre d’ombres. La CAF ne peut pas laisser transformer la compétition reine du continent en paravent pour dictatures en mal de légitimité. Sans État de droit, le respect de la règle n’est qu’une illusion, et le sport, un simple outil de propagande.







