L’option stratégique des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger, de rompre leurs partenariats traditionnels pour se tourner vers la Russie est de plus en plus contestée au regard de son bilan sécuritaire et humain.
Promis comme un tournant vers une « souveraineté retrouvée », ce choix géopolitique montre aujourd’hui ses limites stratégiques et son coût tragique pour les populations civiles.
Une promesse de souveraineté démentie par la réalité du terrain
En chassant les forces partenaires occidentales et régionales (CEDEAO) pour s’en remettre au groupe paramilitaire russe Africa Corps (structure ayant succédé au groupe Wagner), les juntes militaires de l’AES affirmaient vouloir reprendre le contrôle total de leur sécurité. Cependant, les rapports d’organisations internationales documentent une détérioration continue de la situation humanitaire et sécuritaire.
Au lieu de restaurer la paix ou d’éradiquer la menace terroriste, la présence des supplétifs russes s’accompagne d’accusations répétées de violations graves des droits humains et de crimes de guerre à l’encontre des populations locales.
Les frappes de Kyrnia : illustration de bavures à répétition
L’attaque menée le 15 juin à Kyrnia, dans la région de Mopti au Mali, en offre une illustration flagrante. Selon les investigations détaillées dans le rapport de HRW, des frappes aériennes effectuées par un appareil de l’Africa Corps ont tué au moins huit civils, dont trois enfants, sans qu’aucun combattant armé ne figure parmi les victimes.
L’usage de munitions lourdes sur des cibles civiles comme des résidences ou des marchés aux bestiaux témoigne d’un mépris manifeste pour le principe de distinction entre combattants et civils.
En accordant un blanc-seing opérationnel aux forces sous contrôle du gouvernement russe, les autorités de la junte malienne se placent dans une position de complicité passive ou directe face à ces atrocités.
L’impasse d’un modèle d’alliance purement prédateur et autoritaire
L’alignement exclusif sur Moscou pose plusieurs problèmes fondamentaux pour l’avenir de la région Sahel :
Une efficacité militaire contestable : Malgré le soutien aérien et terrestre d’Africa Corps, les groupes armés terroristes continuent d’étendre leur emprise territoriale et de mener des attaques d’envergure, plongeant des centaines de milliers de personnes dans le déplacement forcé.
Le recul des libertés et de la justice : La gouvernance militaire dans l’AES s’accompagne d’une répression accrue de la société civile, de la presse et de toute opposition politique, comme souligné dans le bilan du HRW
L’isolement international et le retrait des mécanismes de recours : Le retrait annoncé de l’AES d’organisations régionales et de traités internationaux (tels que le statut de Rome créant la CPI) prive les victimes civiles de tout recours juridique crédible face aux abus de leurs propres gouvernements et de leurs alliés mercenaires.
L’alliance contractée par les dirigeants de l’AES avec Moscou ne semble pas constituer une alternative souveraine, mais plutôt une substitution d’influence au profit d’un acteur étranger déconnecté des exigences de protection des civils et du droit international. En sacrifiant le respect des droits humains fondamentaux sur l’autel d’un partenariat militaire opaque, l’AES prend le risque d’alimenter les griefs locaux, d’aggraver l’instabilité qu’elle prétend combattre et d’en faire payer le prix le plus fort aux populations sahéliennes.







