Jusqu’à jeudi soir, les paris étaient ouverts. Vendredi matin, les jeux semblaient faits. Selon les indiscrétions remontées des couloirs feutrés du pouvoir, le Palais aurait finalement sorti de son chapeau une vieille connaissance : le Dr Dansa Kourouma. Une surprise ? Pas vraiment. Un revirement ? Officiellement, oui. Officieusement, certains diront que le scénario était écrit depuis longtemps.
À quelques heures de l’installation de la première Assemblée nationale de la Ve République, un mot d’ordre serait tombé dans la nuit comme une ordonnance présidentielle : les 127 députés de la mouvance et de ses alliés sont priés de glisser le même bulletin dans l’urne.
Celui de Dansa.
Après des semaines de rumeurs, de calculs, de coups de fil nocturnes et de conciliabules climatisés, le pouvoir aurait finalement choisi la continuité, version institutionnelle. Comprendre : pourquoi changer de pilote quand l’ancien connaît déjà tous les virages ?
L’ex-patron du CNT, qui avait supervisé la transition législative, reste donc le mieux placé pour prendre les commandes du nouveau Parlement. Un choix qui, à entendre certains observateurs, doit autant aux rapports de force du moment qu’à un lobbying particulièrement énergique ces derniers jours.
Dans les arrières-boutiques de la politique, on raconte que les soutiens du candidat n’ont pas ménagé leurs efforts. Téléphones chauffés à blanc, visites de courtoisie multipliées, arguments d’autorité et démonstrations d’amitié : tout l’arsenal classique des grandes heures parlementaires.
Et puisque les consignes voyagent rarement seules, un autre nom circule avec insistance. Celui d’Alhousseny Makanera, qui serait pressenti pour prendre la tête du groupe parlementaire de la majorité. Là encore, les députés concernés auraient été aimablement invités à comprendre où se trouve le bon sens du vote.
Pour le reste, silence radio.
Les futurs vice-présidents, questeurs et présidents de commissions demeurent encore cachés derrière le rideau. La distribution complète des postes ressemble pour l’instant à une liste de passagers dont seul le commandant connaît les noms.
Une chose est sûre : à quelques heures de l’ouverture de la session inaugurale, le suspense semble avoir déserté le perchoir.
Sauf si, bien entendu, quelqu’un décide encore de changer le scénario pendant la nuit. En politique guinéenne, les miracles de dernière minute ont la fâcheuse habitude de se produire juste avant le lever du jour.







