Six mois. Voilà un semestre jour pour jour que l’avocat et homme politique Mountaga Tall, grande figure de la démocratie malienne, a été arraché à son domicile de Bamako par des hommes cagoulés.
Six mois qu’aux côtés de son fils aîné, Cheick Mamadou Tall, disparu à son tour peu après, il est plongé dans les geôles obscures de la Sécurité d’État malienne, hors de tout cadre légal. Alors que les organisations de défense des droits humains, d’Amnesty International à Human Rights Watch, interpellent de nouveau les autorités de transition, le mutisme de la junte au pouvoir sonne comme un aveu de mépris total pour l’État de droit.
Une dérive autoritaire sous couvert de transition
Depuis plusieurs années, les militaires au pouvoir à Bamako ont fait de la répression musclée leur mode de gouvernance exclusif. En s’attaquant à des personnalités comme Mountaga Tall, un avocat qui a courageusement contesté la dissolution des partis politiques et défendu des détenus d’opinion devant les tribunaux, la junte franchit un seuil intolérable.
L’enlèvement nocturne, mené par des agents de la Sécurité d’État à bord de véhicules banalisés et sans plaques, relève des méthodes de régimes dictatoriaux les plus abjects. Ni inculpation officielle, ni présentation devant un juge, ni droit à un conseil juridique : les autorités agissent en dehors de la loi, bafouant les conventions internationales ratifiées par le Mali.
Le crime inacceptable de la disparition forcée
La situation de Mountaga Tall et de son fils illustre l’angoisse insoutenable des familles face à la politique du silence menée par le pouvoir militaire. Même lorsque certains militants finissent par réapparaître amoindris ou traumatisés devant la justice, à l’instar d’autres figures de la société civile récemment jetées en prison pour « atteinte au crédit de l’État », l’absence totale de transparence concernant les pères de famille kidnappés témoigne d’une volonté manifeste d’intimider toute opposition.
Maintenir des citoyens dans un secret absolu sans leur accorder la moindre assistance médicale, privant leurs proches du droit élémentaire de savoir s’ils sont encore en vie, constitue ni plus ni moins qu’un crime de disparition forcée.
L’impunité ne peut durer
Face à cette fuite en avant sécuritaire, l’interpellation des ONG internationales doit servir d’électrochoc. Les autorités de transition doivent comprendre que la souveraineté d’un État ne l’autorise en aucun cas à piétiner la dignité humaine et à supprimer les libertés fondamentales.
Le Mali mérite mieux que la peur et l’arbitraire. Exiger la vérité sur le sort de Mountaga Tall et de son fils, exiger leur libération immédiate ou leur jugement dans le respect strict des règles d’un procès équitable, c’est refuser de normaliser la barbarie institutionnalisée. La junte doit rendre des comptes.







