Avec la convocation des élections régionales pour le 29 novembre et des sénatoriales pour le 20 décembre, le président guinéen Mamadi Doumbouya poursuit la mise en œuvre de la nouvelle architecture institutionnelle issue de la Constitution adoptée en 2025.
Présentée par les autorités comme l’ultime étape du retour à l’ordre constitutionnel après le coup d’État de septembre 2021, cette séquence soulève pourtant de nombreuses interrogations sur la nature réelle de la transition guinéenne.
Sur le papier, la création d’un Sénat vise à renforcer la représentation des collectivités territoriales et des différentes composantes de la société. Dans les faits, le mode de désignation retenu interroge. Les deux tiers des sénateurs seront élus au suffrage indirect par les conseillers régionaux et communaux, tandis que le tiers restant sera directement nommé par le chef de l’État. Une disposition qui offre au président une influence considérable sur la composition de la chambre haute.
Cette architecture institutionnelle apparaît d’autant plus favorable à l’exécutif que les conseillers régionaux appelés à élire les sénateurs seront eux-mêmes désignés quelques semaines auparavant. Le risque est donc de voir émerger une chambre haute largement acquise au pouvoir, réduisant sa capacité à jouer un véritable rôle de contrepoids institutionnel.
Depuis son arrivée à la tête du pays après le renversement d’Alpha Condé, Mamadi Doumbouya a progressivement consolidé son emprise sur les institutions. Le référendum constitutionnel, l’élection présidentielle, puis les législatives et les communales ont permis de reconstituer les organes de l’État dans un cadre politique largement dominé par le pouvoir en place.
Pour les partisans du régime, ces échéances traduisent le respect du calendrier annoncé et la volonté de tourner définitivement la page de la transition militaire. Ils soulignent que la Guinée dispose désormais d’institutions stables et d’une légitimité électorale retrouvée.
Mais les critiques y voient plutôt l’aboutissement d’un processus conçu pour légitimer un pouvoir issu d’un putsch. Plusieurs observateurs estiment que la transition, censée préparer le retour des civils au pouvoir, s’est progressivement transformée en mécanisme de reconduction politique du chef de la junte devenu président.
La création du Sénat pourrait ainsi renforcer davantage le contrôle de l’exécutif sur l’appareil institutionnel. Dans un contexte où l’opposition peine à retrouver son influence et où les marges de contestation se sont réduites au fil des années, la nouvelle chambre risque moins de représenter un espace de pluralisme que de consacrer l’hégémonie du pouvoir central.
Au-delà des échéances électorales, la question fondamentale demeure celle de l’équilibre des pouvoirs. La mise en place d’institutions ne garantit pas à elle seule la consolidation démocratique. Celle-ci dépend avant tout de leur indépendance effective, de la transparence des scrutins et de la capacité des contre-pouvoirs à exercer leur rôle sans pression.
Cinq ans après le putsch qui a porté Mamadi Doumbouya au pouvoir, la Guinée semble ainsi entrer dans une nouvelle phase : celle de la normalisation institutionnelle. Reste à savoir si cette normalisation servira à approfondir la démocratie ou à habiller d’une légitimité constitutionnelle la concentration du pouvoir autour d’un homme et de son camp.







