Au Mali, tandis que les discours officiels célèbrent à longueur de journée la « souveraineté retrouvée » et la « refondation de l’État », la réalité du terrain se lit dans le silence assourdissant des amphithéâtres déserts.
Depuis le 26 octobre 2026, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique sont totalement paralysés par une grève dure menée par les enseignants-chercheurs (notamment sous la houlette du CEN-SNESUP et de la CSEC).
Leur crime de lèse-majesté ? Réclamer le respect d’engagements pris de longue date, notamment le paiement effectif de leurs primes de recherche et l’amélioration de conditions de travail devenues intenables. Face à cette détresse, le gouvernement de transition reste sourd, muet, et absent.
Le naufrage silencieux du savoir
Université de Bamako : Rien pour la recherche, tout pour la dorure du pouvoir kaki un pays qui aspire à se relever des crises multiples, l’université devrait être la boussole, le laboratoire des solutions et le premier investissement pour l’avenir de la jeunesse. Au lieu de cela, le constat est celui d’un abandon méthodique.
Faute de budget, de matériel et de considération pour le corps professoral, les facultés s’enfoncent dans une précarité chronique. Les revendications salariales et les primes de recherche impayées ne sont pas de simples caprices corporatistes : elles traduisent la survie d’un système éducatif au bord de l’asphyxie. Des milliers d’étudiants se retrouvent ainsi pris en otage, sacrifiés sur l’autel de l’immobilisme étatique, avec la menace planant d’une année blanche ou d’examens sabordés.
La dorure du pouvoir kaki : communication de façade et priorités inversées
Pendant que les blouses blanches des chercheurs sont troquées contre des pancartes de colère, les symboles du pouvoir militaire s’offrent un bain de jouvence luxueux.
À grands renforts de campagnes de communication nationalistes, les priorités budgétaires sautent aux yeux : les milliards s’envolent pour entretenir la vitrine politique de la junte, pavoiser les ors des palais, multiplier les symboles d’une autorité martiale et financer la propagande du régime.
On dépense sans compter pour la façade, pour la « dorure kaki » d’un pouvoir obnubilé par sa propre pérennisation, tandis que la base intellectuelle du pays est sciemment asséchée.
Ce grand écart tragique révèle une vérité amère : la junte au pouvoir craint l’esprit critique et l’émancipation par le savoir bien plus qu’elle ne redoute les défis économiques. En étouffant l’université, c’est l’avenir critique et scientifique de toute une génération que l’on condamne au silence.
Jusqu’où ira le mépris ?
Le mot d’ordre de grève de cinq jours, reconductible face au mépris affiché par l’exécutif, marque une rupture profonde entre les élites intellectuelles et les dirigeants du jour. Le ministère de l’Enseignement supérieur brille par son inertie, illustrant le fossé abyssal qui sépare les slogans patriotiques des actes concrets.
Le Mali ne se construira pas sur des slogans creux, des parades militaires ou des universités cadenassées. En refusant d’investir dans la recherche et l’éducation, le pouvoir kaki choisit la facilité de l’obscurantisme. Mais les peuples qui bradent leur savoir finissent toujours par hypothéquer leur liberté.







