En cette Journée internationale de la démocratie, célébrée chaque 15 septembre, le tableau dressé par lesobservateurs de la vie démocratiquemondiale est loin d’être rassurant.
Dans un rapport publié hier 14 septembre 2026, l’Institut international pour la démocratieet l’assistance électorale, basé à Stockholm, relève que la démocratie est à son niveau le plus bas aux États-Unis depuis 50 ans. Par Éric Topona.
Plus inquiétant encore, cette dégradations’inscrit dans une tendance planétaire quitouche jusqu’aux nations où la démocratiesemblait pourtant durablement consolidée.
« La démocratie s’est affaiblie dans le monde entier, la plupart des pays ayant vuleurs performances décliner, tandis que la liberté de la presse subissait sa plus granderégression depuis 50 ans. […]. Cettedétérioration s’inscrit dans une tendancemondiale de menace pour la démocratie, 54 % des pays ayant enregistré, en 2024, unebaisse d’au moins un indicateur clé de performance démocratiquecomparativement à cinq ans auparavant. »
Ce baromètre n’est guère surprenant. En revanche, son ampleur est préoccupante et emblématique de l’ère de glaciation des libertés et des droits humains dans laquelleest entré le monde contemporain.
Nous sommes bien loin de l’optimisme de Francis Fukuyama et de son ouvrage au retentissement planétaire, “La fin de l’histoire et le dernier Homme”. L’universitaire américain, porté par l’euphorie consécutive à l’effondrement du communisme soviétique et au triomphe de la pensée libérale, estimait alors quel’humanité était parvenue au terme de salongue odyssée dans la quête du systèmepolitique idéal permettant sa réalisationplénière.
Son enthousiasme était d’autant plus grandque, dans le même temps, l’innovationtechnologique se traduisait notamment par l’avènement des « autoroutes de l’information » chères au vice-présidentaméricain Al Gore, qui occupa cettefonction de 1993 à 2001.
Net recul de la pratique démocratique
En ce 15 septembre 2026, Journéeinternationale de la démocratie, force est de constater que nous sommes fort éloignés de ces lendemains qui chantent qu’avaientespérés les peuples durant les deux dernières décennies du XXᵉ siècle.
L’originalité et la gravité de la situationactuelle tiennent au fait que ce n’est plus seulement dans les États considérés comme des dictatures ou dans les États faillis quela démocratie recule. Elle recule égalementdans des États qui furent, pendant des décennies, à l’avant-garde de la sanctuarisation des libertés individuelles et collectives.
Cette dérive, on peut en situer un tournantmajeur aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center à New York. Les États-Unis d’Amérique, meurtris en plein cœur, adoptent alors une nouvelle classificationdes régimes autour de la notion d’« axe du mal ».
Cette nouvelle architecture de la respectabilité des États n’a plus pourprincipal critère le respect de l’État de droit, mais la fidélité et la loyauté aux États-Unis. Or, à la fin des années 1980, de manière générale dans les États occidentaux, l’aide au développement, par exemple, était davantage subordonnée au respect des libertés démocratiques.
Ce principe s’est progressivement érodé et semble atteindre un nouveau pointculminant sous le second mandat du président américain Donald Trump. Au sein même des États-Unis, le locataire de la Maison-Blanche n’a de cesse de porter des coups de boutoir aux libertés, y compris à celles consacrées par les pères fondateurset constitutives du vivre-ensemble américain.
Dans cette croisade autocratique, il disposede précieux alliés en Amérique latine et peut compter sur Vladimir Poutine, le maître du Kremlin, qui a foulé allègrementaux pieds la Charte des Nations unies en déclenchant une guerre d’agression contre l’État souverain d’Ukraine.
L’Europe, l’exception…
Dans ce recul des libertés démocratiques, l’Europe demeure l’une des exceptions à l’échelle de la planète, en dépit des offensives des formations politiquesd’extrême droite qui ne font pas mystère de leur volonté, une fois au pouvoir, de remettre en cause certains acquisdémocratiques ayant fait de la constructioneuropéenne un espace de civilisationsingulier.
L’exception européenne n’est toutefois passynonyme d’immunité. La montée des mouvements populistes et des forcespolitiques contestant certains fondementsde l’État de droit rappelle que les acquisdémocratiques ne sont jamaisdéfinitivement garantis.
L’Afrique, la règle
L’Afrique, quant à elle, n’a pas attendul’élection ou la réélection de Donald Trump pour remettre en cause, dans nombre de sesÉtats, les acquis du « printemps des libertés» des années 1990.
Les coups d’État que l’on croyait à jamaisrelégués aux oubliettes de l’histoire sont de retour, à tel point qu’il ne se passe quasiment pas un trimestre sans que ne résonnent, ici ou là, des bruits de bottes.
Les alternances politiques par voieélectorale sont désormais l’exception. Tant et si bien que la démocratie représentative a été quasiment vidée de sa substance pourfaire place à une démocratie procédurale, purement formelle, dénuée de véritableperspective de transformation sociale et d’amélioration des conditions de vie des citoyens.
Dans cette atmosphère qui ne cesse de s’assombrir, de nombreux Africains en viennent même à considérer la démocratiecomme inutile. Un discours que relaient, non sans démagogie, certains régimesproches de Moscou au sein de la nouvelleAlliance des États du Sahel.
Une jeunesse qui refuse de renoncer
Il existe cependant des lueurs d’optimismeet d’espoir. La récente Déclaration d’Accradu Parlement panafricain des jeunes pour la démocratie en constitue une illustration.
Réunis du 3 au 5 août 2026 dans la capitaleghanéenne, à l’initiative de la Fondation de l’innovation pour la démocratie, lesparticipants ont placé au cœur de leurséchanges plusieurs enjeux qui constituentles piliers d’un État de droit et d’unesociété démocratique : paix, sécurité et cohésion sociale, développement humain et prospérité partagée, innovation, durabilitéet avenir de l’Afrique.
Au regard du tableau qui précède, et au-delà de la jeunesse africaine, l’Appeld’Accra résonne d’une tonalité plus opportune que jamais : « La présenteDéclaration exprime notre voix collective, nos aspirations communes et notreengagement à contribuer à l’émergenced’une Afrique démocratique, pacifique, prospère, durable et unie. »
En cette Journée internationale de la démocratie, le message mérite d’être entendu. Car la démocratie n’est pas unacquis que l’on célèbre une fois par an avant de le ranger au placard. Elle est uneconstruction permanente, fragile, exigeante, qui suppose des institutionssolides, une presse libre, une justiceindépendante et, surtout, des citoyenscapables de défendre leurs libertés lorsquecelles-ci commencent à vaciller.
Le ciel démocratique est chargé de nuages. Mais tant que subsisteront des citoyens, des journalistes, des organisations et surtoutune jeunesse décidés à défendre la liberté, l’orage n’aura pas encore gagné.







