Les électeurs bissau-guinéens ont approuvé à près de 70 % le projet de nouvelle Constitution soumis à référendum dimanche, selon les résultats provisoires annoncés mardi par la Commission nationale électorale. Cette réforme marque une étape majeure dans la transition politique en cours et pourrait profondément modifier l’équilibre institutionnel du pays.
Le texte prévoit l’abandon du système semi-parlementaire au profit d’un régime présidentiel renforcé. Le futur chef de l’État disposera notamment du pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que de dissoudre le Parlement.
Les autorités de transition présentent cette réforme comme une réponse aux crises politiques récurrentes qui ont fragilisé la Guinée-Bissau depuis son indépendance. Selon elles, le nouveau cadre institutionnel permettra de réduire les conflits entre la présidence et la primature, souvent accusés d’être à l’origine de blocages gouvernementaux et d’instabilité chronique.
La présidente de la Commission nationale électorale, Carmen Izaura Lobo, a salué un scrutin qu’elle a qualifié de « succès », mettant en avant le professionnalisme des agents électoraux déployés sur l’ensemble du territoire. Elle a également insisté sur la transparence et la crédibilité du processus référendaire.
Les résultats définitifs doivent encore être validés par la Cour suprême dans les prochains jours. À ce stade, aucun recours n’avait été officiellement enregistré.
Une transition politique sous surveillance
La consultation populaire intervient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis le 26 novembre 2025, la Guinée-Bissau est dirigée par une junte militaire qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo avant l’annonce officielle des résultats des élections présidentielle et législatives.
À la tête de la transition, le général Horta N’Tam est chargé de conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel. Conformément à la Charte de la Transition adoptée en décembre 2025, il ne pourra pas être candidat à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre prochain.
Le référendum constitue ainsi une étape importante du calendrier politique fixé par les autorités militaires avant les élections générales censées rétablir un pouvoir civil.
Opposition et société civile dénoncent une concentration du pouvoir
Malgré la victoire du « oui », le projet continue de susciter de fortes critiques. L’opposition, notamment le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), avait appelé au boycott du scrutin, estimant qu’une réforme constitutionnelle de cette ampleur ne devrait pas être menée par un pouvoir de transition non élu.
Plusieurs organisations de la société civile s’inquiètent également d’une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du futur président. Pour leurs responsables, le nouveau système risque d’affaiblir les contre-pouvoirs institutionnels et de réduire le rôle du Parlement.
« Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie », a récemment déclaré Abubacar Turé, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
Le défi de la stabilité
Pays lusophone d’Afrique de l’Ouest, la Guinée-Bissau demeure l’un des États les plus politiquement instables du continent. Depuis son indépendance en 1974, elle a connu plusieurs coups d’État et de nombreuses tentatives de putsch.
Les partisans de la réforme estiment que le renforcement de l’exécutif pourrait apporter la stabilité nécessaire au fonctionnement des institutions. Ses opposants rétorquent qu’une stabilité durable ne peut être obtenue au prix d’une réduction des équilibres démocratiques.
À quelques mois du retour annoncé à un pouvoir civil, le débat sur l’avenir institutionnel du pays reste donc largement ouvert.






