L’influente militante tanzanienne Mange Kimambi a engagé une procédure judiciaire contre Meta, la maison mère de Facebook et Instagram. Installée aux États-Unis, l’opposante accuse le géant technologique d’avoir cédé aux pressions du gouvernement de la présidente Samia Suluhu Hassan en supprimant plusieurs comptes qui lui permettaient de toucher des millions d’abonnés.
Depuis plusieurs années, Mange Kimambi s’est imposée comme l’une des voix les plus écoutées de la diaspora tanzanienne. Grâce à ses comptes Instagram et à ses plateformes de communication en ligne, elle relayait des informations politiques, mobilisait ses sympathisants et dénonçait ce qu’elle considère comme des dérives autoritaires du pouvoir à Dar es Salaam. Selon elle, la fermeture de ses comptes est intervenue au moment où elle appelait à des manifestations à la suite des élections contestées d’octobre 2025.
L’activiste affirme que Meta a agi sous l’influence directe des autorités tanzaniennes. Dans sa plainte, elle soutient que la suppression de ses plateformes numériques a privé des millions de Tanzaniens d’une source d’information alternative à un moment de fortes tensions politiques. Kimambi estime que cette décision constitue une atteinte à la liberté d’expression et au droit des citoyens à accéder à des informations indépendantes.
Meta rejette toutefois toute motivation politique. Interrogée sur l’affaire, l’entreprise a expliqué que les comptes de Kimambi avaient été supprimés en raison de violations répétées de ses règles internes. Le groupe invoque notamment sa politique de « récidive », qui interdit à des utilisateurs sanctionnés de recréer des comptes similaires après des infractions répétées aux standards de la communauté.
L’affaire intervient dans un contexte de vives critiques visant le gouvernement de Samia Suluhu Hassan. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement de l’espace civique en Tanzanie depuis les élections de 2025. Des militants accusent les autorités de multiplier les arrestations, les restrictions visant les médias et les limitations d’accès aux plateformes numériques utilisées par l’opposition.
Les soupçons à l’encontre de Meta ont pris de l’ampleur après la révélation de demandes adressées par les autorités tanzaniennes à la plateforme pour restreindre certains contenus. Selon l’organisation Access Now, plusieurs comptes de militants, dont ceux de Mange Kimambi et de Maria Sarungi Tsehai, ont fait l’objet de mesures prises après des sollicitations du régulateur des communications tanzanien. Meta a indiqué dans ses rapports de transparence avoir reçu des demandes fondées sur la législation locale, sous peine de voir ses services bloqués dans le pays.
Pour les défenseurs des libertés numériques, le dossier dépasse le cas personnel de Kimambi. Il pose la question de la responsabilité des grandes plateformes face aux exigences des gouvernements et de leur capacité à protéger les voix dissidentes dans les régimes où la liberté d’expression est contestée.
La bataille judiciaire pourrait ainsi devenir un test important pour Meta en Afrique. Déjà confronté à plusieurs procédures sur le continent concernant la modération des contenus et les droits numériques, le groupe devra désormais répondre aux accusations d’une activiste qui l’accuse d’avoir choisi la conformité politique au détriment de la liberté d’expression.






