Longtemps discret sur la scène sahélienne, le président togolais Faure Gnassingbé est en train de se tailler une place de choix dans l’un des dossiers sécuritaires les plus sensibles de la région. La libération, le 20 août, de deux mercenaires russes capturés par le Front de libération de l’Azawad (FLA), une semaine seulement après celle de 82 soldats maliens détenus par le FLA et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), confirme le rôle croissant de Lomé comme intermédiaire entre Bamako et ses adversaires armés.
Selon plusieurs sources concordantes, ces deux opérations ont été rendues possibles grâce à une médiation active menée par les autorités togolaises. Les deux ressortissants russes, présentés comme des membres du groupe Wagner capturés lors de la bataille de Tinzawaten en juillet 2024, ont été remis en liberté après des négociations impliquant discrètement Lomé.
Cette nouvelle réussite diplomatique intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les autorités maliennes. Depuis plusieurs mois, les forces armées maliennes font face à une recrudescence des offensives menées par les groupes séparatistes du nord, parfois en coordination avec des groupes jihadistes. La dégradation de la situation sécuritaire a renforcé la nécessité de maintenir des canaux de dialogue capables de produire des résultats concrets, notamment sur les questions humanitaires et les échanges de détenus.
L’originalité de la démarche togolaise tient à son positionnement. Contrairement à plusieurs acteurs régionaux ou internationaux ouvertement alignés sur l’une des parties, Faure Gnassingbé entretient des relations suivies avec la junte du colonel Assimi Goïta tout en conservant des contacts avec les responsables du Front de libération de l’Azawad. Cette capacité à parler à tous les acteurs du conflit constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts de sa médiation.
Pour le Togo, cette implication dépasse la seule question malienne. Depuis plusieurs années, Lomé cherche à renforcer son influence diplomatique dans l’espace ouest-africain en misant sur la médiation et la facilitation. En 2023 déjà, Faure Gnassingbé avait contribué aux négociations ayant permis la libération de 46 soldats ivoiriens détenus au Mali. Plus récemment, il a également été impliqué dans plusieurs initiatives de dialogue régionales, notamment sur les dossiers du Niger, de la Guinée et de la crise entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Cette stratégie diplomatique répond également à des considérations géoéconomiques. Le port autonome de Lomé constitue une porte d’accès essentielle pour plusieurs pays sahéliens, dont le Mali. Maintenir des relations de confiance avec les autorités de Bamako tout en conservant une image de facilitateur crédible représente donc un intérêt stratégique majeur pour le Togo.
Reste à savoir si ces succès ponctuels peuvent déboucher sur un dialogue politique plus large. Pour l’heure, les libérations successives témoignent surtout de la capacité de Faure Gnassingbé à obtenir des avancées concrètes dans un conflit où les initiatives diplomatiques se font rares. Dans un Sahel fragmenté par les rivalités entre États, les insurrections armées et les recompositions géopolitiques, le président togolais apparaît désormais comme l’un des rares dirigeants capables de maintenir des passerelles entre des acteurs qui refusent souvent de se parler directement.
Si les résultats restent limités à des mesures de confiance et à des échanges de prisonniers, la médiation togolaise pourrait néanmoins ouvrir un espace de dialogue indispensable dans une crise malienne qui, plus que jamais, semble éloignée d’une solution militaire durable.






