Les Bissau-Guinéens sont appelés aux urnes dimanche pour se prononcer sur une réforme constitutionnelle qui pourrait profondément transformer l’architecture politique du pays. Au cœur du scrutin : le passage d’un régime semi-parlementaire à un système présidentiel renforcé, présenté par les autorités comme un gage de stabilité, mais dénoncé par l’opposition comme un risque de concentration du pouvoir.
Organisé quelques mois avant les prochaines élections présidentielle et législatives, le référendum constitue une étape majeure de la transition politique ouverte après le coup d’État de novembre 2025. Le texte soumis aux électeurs a été adopté en janvier par le Conseil national de transition, l’organe législatif mis en place par les militaires désormais au pouvoir.
La réforme prévoit d’accorder davantage de prérogatives au futur chef de l’État. Celui-ci pourrait notamment nommer et révoquer le Premier ministre sans être contraint par les équilibres parlementaires, une rupture avec le système actuel. Le président disposerait également de pouvoirs élargis sur la composition du gouvernement et pourrait dissoudre le Parlement dans certaines circonstances.
Pour les partisans du projet, ces changements doivent permettre de mettre fin aux blocages institutionnels qui ont marqué l’histoire récente du pays. Depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a traversé une succession de crises politiques, de gouvernements éphémères et de coups d’État, alimentés par des rivalités récurrentes entre les institutions civiles et militaires.
Les opposants, eux, redoutent une présidentialisation excessive du régime. Plusieurs acteurs politiques dénoncent une réforme élaborée sans véritable concertation nationale et craignent un affaiblissement du rôle du Parlement ainsi qu’une réduction des contre-pouvoirs. La diminution envisagée du nombre de députés et la modification des règles électorales alimentent également les critiques.
Le contexte dans lequel se déroule la consultation reste particulièrement sensible. Les autorités de transition assurent que le référendum ouvrira la voie à un retour durable à l’ordre constitutionnel. Mais l’opposition souligne les restrictions imposées aux activités politiques depuis la prise du pouvoir par les militaires, estimant que le débat public autour de la réforme n’a pas pu se tenir dans des conditions pleinement équitables.
Au-delà du résultat du scrutin, c’est la question de la gouvernance future de la Guinée-Bissau qui se joue. Pour ses défenseurs, la nouvelle Constitution pourrait offrir au pays les institutions plus stables dont il a longtemps manqué. Pour ses détracteurs, elle risque au contraire de fragiliser davantage l’équilibre démocratique en concentrant l’essentiel du pouvoir entre les mains du président.
Dimanche, les électeurs devront donc trancher entre deux visions de l’État, dans un pays où la quête de stabilité demeure l’un des principaux défis politiques de ces dernières décennies.






