En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola continue de progresser à un rythme alarmant. Selon le dernier bilan des autorités sanitaires, publié mardi 11 août, la maladie a déjà causé 2 011 décès pour 4 381 cas confirmés. Un seuil symbolique qui rapproche cette flambée de celle de 2018-2020, jusqu’ici la plus meurtrière de l’histoire du pays.
Déclarée officiellement le 15 mai dernier, après plusieurs semaines de circulation du virus, cette 17e épidémie d’Ebola recensée en RDC est déjà considérée comme la plus importante jamais enregistrée dans le pays. L’épidémie est provoquée par le virus Ebola Bundibugyo, une souche contre laquelle aucun vaccin homologué spécifique n’existe actuellement.
Partie de la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, la maladie s’est rapidement propagée à plusieurs provinces voisines. Selon les experts, la vitesse de progression est sans précédent. Le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe, codécouvreur du virus Ebola en 1976, estime que la riposte peine à suivre l’évolution de l’épidémie. Il souligne que le nombre de zones de santé touchées et de provinces affectées a augmenté en quelques semaines seulement.
Cette situation s’explique notamment par l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. Les activités des groupes armés compliquent le travail des équipes médicales et limitent l’accès à certaines communautés. À cela s’ajoute une profonde méfiance d’une partie de la population à l’égard des autorités sanitaires, freinant le dépistage et la prise en charge précoce des malades.
L’Organisation mondiale de la santé tire également la sonnette d’alarme. Son directeur régional pour l’Afrique, Mohamed Yakub Janabi, estime qu’une grande majorité des victimes décèdent encore à domicile sans avoir été recensées par les services de santé. Cette réalité pourrait masquer une ampleur encore plus importante de la crise sanitaire.
Face à cette urgence, la communauté internationale tente de renforcer la riposte. L’OMS a recommandé le lancement d’essais cliniques avec le vaccin Ervebo, déjà utilisé contre d’autres souches d’Ebola. Bien qu’il ne soit pas spécifiquement conçu pour le variant Bundibugyo, les experts espèrent qu’il pourrait offrir une protection partielle. Des centaines de milliers de doses sont disponibles dans le stock mondial géré par l’Alliance du vaccin Gavi.
D’autres pistes sont également explorées. Le laboratoire américain Moderna a obtenu l’autorisation de mener des essais cliniques pour un vaccin ciblant la souche Bundibugyo. Deux autres candidats vaccins sont aussi en développement, dont l’un est présenté par l’OMS comme particulièrement prometteur.
Sur le terrain, les capacités de traitement sont progressivement renforcées. De nouveaux centres de prise en charge ont été ouverts dans les zones les plus touchées de l’Ituri afin d’accueillir davantage de patients et d’améliorer la surveillance épidémiologique. Mais malgré ces efforts, les autorités congolaises reconnaissent que le pic de l’épidémie n’a pas encore été atteint.
Le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, se veut toutefois prudentement optimiste. Selon lui, la progression du virus pourrait être maîtrisée dans les prochains mois avant une éventuelle baisse du nombre de contaminations. Pour l’heure, la RDC reste engagée dans une course contre la montre afin d’éviter que cette flambée ne devienne la plus meurtrière jamais enregistrée dans le monde.







