Le gouverneur de la Banque centrale de Libye (BCL), Naji Issa, a présenté sa démission, une décision inattendue qui intervient dans un contexte politique et économique toujours marqué par les divisions institutionnelles du pays.
Les raisons de son départ n’ont pas été rendues publiques, le responsable ayant simplement indiqué ne plus être en mesure de poursuivre ses fonctions pour des motifs qu’il qualifie de « sensibles ».
Naji Issa avait été nommé en septembre 2024 dans le cadre d’un compromis politique soutenu par les Nations unies. Sa nomination avait permis de mettre fin à une grave crise institutionnelle autour du contrôle de la Banque centrale, qui s’était traduite par une forte perturbation de la production pétrolière et des recettes publiques du pays.
Selon plusieurs médias, le gouverneur a adressé sa démission aux dirigeants des deux principales institutions législatives rivales de Libye : la Chambre des représentants, basée dans l’est du pays, et le Haut Conseil d’État, installé à Tripoli. Il a confirmé l’authenticité de ses lettres, tout en refusant de détailler les circonstances exactes ayant conduit à sa décision.
La démission de Naji Issa survient dans un pays toujours divisé entre deux centres de pouvoir. D’un côté, le gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah à Tripoli et reconnu par l’ONU ; de l’autre, les autorités de l’est soutenues par le maréchal Khalifa Haftar et ses alliés. Cette rivalité se reflète régulièrement dans la gestion des institutions stratégiques et des revenus issus du pétrole, principale ressource économique de la Libye.
L’arrivée de Naji Issa à la tête de la Banque centrale avait permis de sortir d’une période particulièrement tendue. En 2024, l’éviction de son prédécesseur, Seddik el-Kebir, avait provoqué une réaction des autorités de l’est qui avaient suspendu la production et les exportations pétrolières. La production nationale avait alors chuté d’environ 1,2 million à 600 000 barils par jour, entraînant d’importantes pertes financières pour l’État libyen.
Face à l’annonce de cette démission, le président du Haut Conseil d’État, Mohammed Takala, a appelé le gouverneur à rester en fonction jusqu’à l’examen officiel de son dossier. Il a souligné la nécessité de préserver la stabilité financière, économique et politique du pays et d’éviter toute perturbation dans la gestion des réserves en devises et des revenus publics.
Pour l’heure, la Chambre des représentants n’a pas réagi officiellement. Toutefois, les observateurs craignent que ce départ ne ravive les tensions autour du contrôle des institutions financières libyennes. La Banque centrale joue un rôle essentiel dans la répartition des revenus pétroliers entre les différentes régions du pays et demeure l’une des rares institutions dont le fonctionnement a jusqu’à présent permis de limiter l’aggravation de la crise politique.
La décision finale concernant l’avenir de Naji Issa et la désignation éventuelle d’un successeur sera donc suivie de près, tant par les acteurs politiques libyens que par la communauté internationale, soucieuse de préserver la stabilité économique d’un pays qui possède les plus importantes réserves pétrolières d’Afrique.







