À Kinshasa, on croyait gérer une affaire de minerais. Voilà que l’on se retrouve avec une histoire qui sent le laboratoire nucléaire.
Depuis plusieurs jours, les autorités congolaises tentent d’éteindre l’incendie provoqué par une enquête de Lighthouse Reports, du Financial Times et du Monde, appuyée par une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications. Selon ces travaux, des quantités importantes d’uranium auraient quitté la RDC mélangées à des cargaisons de cobalt à destination de la Chine. Les estimations évoquées vont de 2 000 à 5 000 tonnes sur une vingtaine d’années.
Embarras à Kinshasa
Le gouvernement congolais n’a pas démenti l’existence naturelle d’uranium dans les gisements du Lualaba et du Haut-Katanga. Difficile d’ailleurs de contester la géologie. En revanche, il conteste vigoureusement la méthode employée par les chercheurs. Selon lui, les conclusions reposent sur des modélisations et non sur des mesures directes des cargaisons exportées.
En langage administratif, cela se traduit par une formule désormais classique : « nous prenons acte, mais… »
Curieusement, lorsque tout va bien, les autorités vantent souvent les performances exceptionnelles du secteur minier. Mais quand de l’uranium apparaît dans les statistiques, ce sont soudain les méthodes scientifiques qui deviennent suspectes.
Calmer les inquiétudes
Le gouvernement a donc dégainé l’arme favorite des bureaucraties modernes : une commission. En l’occurrence, une campagne de vérification analytique, un groupe de travail interministériel et la promesse d’un rapport dans un délai de soixante jours. Cerise sur le gâteau radioactif : l’Agence internationale de l’énergie atomique a été sollicitée pour une mission d’appui technique.
Autrement dit, pour savoir si de l’uranium a voyagé avec le cobalt, on va créer des réunions pour organiser d’autres réunions chargées d’examiner les résultats des futures analyses.
L’affaire est d’autant plus délicate que le dossier touche la mine géante de Tenke Fungurume, exploitée par le groupe chinois CMOC. Ce dernier rejette les accusations et assure respecter les normes applicables.
Dans les milieux miniers, on rappelle que l’uranium n’est pas un inconnu du sous-sol congolais. C’est même du Katanga qu’était partie une partie du minerai utilisé par le projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de quatre-vingts ans plus tard, le fantôme atomique semble revenir hanter les comptoirs miniers africains.
Le scandale ne porte pas seulement sur quelques atomes vagabonds
Il soulève une question plus embarrassante : l’État congolais maîtrise-t-il réellement tout ce qui sort de ses mines ?
Car si l’on peut expédier pendant des années du cobalt accompagné d’un passager aussi encombrant que l’uranium sans que personne ne s’en aperçoive, les fameuses chaînes de traçabilité vantées dans les conférences minières ressemblent soudain à des passoires high-tech.
À Kinshasa, on promet désormais toute la transparence nécessaire. Les analyses parleront. Les experts vérifieront. Les laboratoires mesureront.
Et pendant ce temps, l’uranium, lui, continue probablement de se demander comment il a réussi à devenir un simple « sous-produit » du cobalt.







