Hospitalisé à la clinique Pasteur de Conakry, l’ancien Premier ministre guinéen Ibrahima Kassory Fofana suscite de nouvelles inquiétudes. Son avocat, Me Dinah Sampil, affirme que son état de santé s’est considérablement aggravé et appelle les autorités à autoriser son évacuation à l’étranger pour des soins spécialisés.
Conakry retient son souffle. Alors que l’ancien chef du gouvernement d’Alpha Condé demeure hospitalisé depuis plusieurs mois, ses avocats haussent le ton face à ce qu’ils considèrent comme une urgence médicale. Au premier rang, Me Dinah Sampil, qui affirme craindre désormais pour la vie de son client.
À l’issue d’une récente visite à la clinique Pasteur, l’avocat a dressé un tableau alarmant de l’état physique de l’ancien Premier ministre. « Il ne peut plus se tenir debout, il ne peut plus se déplacer seul », a-t-il déclaré, évoquant un patient dépendant de l’assistance permanente de son entourage.
Selon la défense, les problèmes de santé de Kassory Fofana se sont aggravés depuis son arrestation en avril 2022. Me Sampil soutient que son client n’aurait pas bénéficié des traitements adaptés à sa pathologie et que les soins reçus jusqu’à présent se seraient limités à des traitements symptomatiques. L’avocat estime que cette situation a conduit à une détérioration progressive de l’état du dirigeant, aujourd’hui âgé de plusieurs décennies de vie politique au sommet de l’État guinéen.
Face à cette évolution, la défense réitère une revendication portée depuis plusieurs mois : l’autorisation d’une évacuation sanitaire vers un établissement étranger disposant des équipements et des spécialistes nécessaires. Me Sampil affirme que plusieurs avis médicaux auraient conclu à la nécessité d’une prise en charge hors de Guinée, notamment en raison de la complexité de l’intervention requise.
La question dépasse toutefois le seul cadre médical. Elle s’inscrit dans un contexte judiciaire sensible. Poursuivi devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Kassory Fofana reste au cœur de l’un des dossiers les plus emblématiques de la lutte contre la corruption engagée par les autorités de transition.
Au fil des audiences, la santé de l’ancien Premier ministre s’est imposée comme un sujet récurrent. En juin dernier, lors d’une audience organisée à la clinique Pasteur, ses avocats avaient déjà plaidé pour une autorisation de sortie du territoire à des fins médicales. La partie civile et le parquet ne s’y étaient alors pas opposés sur le principe, tout en renvoyant la question aux procédures judiciaires en cours.
Aujourd’hui, le ton de la défense est plus pressant. « J’ai une forte crainte qu’il ne perde la vie par manque de soins », a alerté Me Sampil, estimant que le temps joue désormais contre son client.
Cette sortie intervient alors que l’opinion publique guinéenne demeure divisée. Pour les partisans de l’ancien Premier ministre, l’urgence sanitaire doit primer sur toute autre considération. D’autres observateurs rappellent toutefois que la procédure judiciaire suit son cours et que toute décision relative à un départ à l’étranger doit tenir compte des impératifs de justice.
Entre impératifs humanitaires et contraintes judiciaires, le dossier Kassory Fofana continue ainsi de placer les autorités face à une équation délicate. Une chose est certaine : à mesure que les alertes médicales se multiplient, la question de son évacuation sanitaire revient au centre du débat public guinéen.







