Il fallait bien souffler un peu. Après avoir remporté une présidentielle contestée, vu son camp rafler une confortable majorité parlementaire et essuyé quelques critiques de routine sur l’état de la démocratie guinéenne, le président Mamadi Doumbouya a décidé de larguer les amarres direction la Grèce pour quelques jours de vacances en famille. Pendant ce temps-là, à Conakry, les Forces vives de Guinée ont choisi de lui envoyer une carte postale beaucoup moins ensoleillée.
Le jour même du décollage présidentiel, la coalition de partis d’opposition et d’organisations de la société civile a annoncé qu’elle ne reconnaissait plus les institutions issues des dernières élections. Rien que ça. Les opposants dénoncent des scrutins « frauduleux », accusent le pouvoir de gouverner par la répression et appellent les Guinéens à se mobiliser pour restaurer l’ordre constitutionnel.
Une drôle de coïncidence calendaire. D’un côté, le chef de l’État embarque pour les plages méditerranéennes. De l’autre, l’opposition jette par-dessus bord l’ensemble du dispositif institutionnel mis en place depuis la fin de la transition. Chacun son programme estival.
Selon la présidence, le voyage grec relève d’un simple séjour privé destiné à permettre au président de prendre quelques jours de repos. L’information a même été communiquée officiellement, preuve, selon les communicants du palais, d’une nouvelle ère de transparence politique.
On ne saura toutefois pas pourquoi le choix s’est porté sur la Grèce. Peut-être pour méditer sur les origines de la démocratie. Peut-être pour étudier les ruines antiques avant qu’on ne compare trop souvent les institutions guinéennes à des monuments historiques. Ou peut-être, plus simplement, parce qu’il fait beau à Athènes en août.
Pendant que le président contemple l’Acropole, les Forces vives contemplent un paysage moins touristique. Dans leur communiqué, elles dressent un acte d’accusation en règle contre le régime : répression, restrictions des libertés publiques, musèlement des voix dissidentes et concentration du pouvoir. Le collectif affirme que les élections organisées depuis le retour à l’ordre constitutionnel n’ont servi qu’à donner un vernis démocratique à un système politique issu du coup d’État de 2021.
L’histoire retiendra peut-être ce paradoxe : alors que la présidence voulait probablement banaliser le premier véritable congé officiel du chef de l’État, le voyage a offert à l’opposition une formidable occasion de rappeler qu’à ses yeux, les vacances institutionnelles ont commencé depuis longtemps.
Dans les couloirs du pouvoir, on assure que l’État continue de fonctionner parfaitement pendant l’absence du président. Dans les rangs de l’opposition, on rétorque que c’est précisément ce fonctionnement qui pose problème. Deux lectures du même pays. Deux cartes postales différentes.
Reste une question. Quand Mamadi Doumbouya reviendra de Grèce, retrouvera-t-il la Guinée qu’il a laissée derrière lui ? Sans doute. Mais il découvrira aussi que ses adversaires ont profité de son séjour méditerranéen pour relancer la bataille de la légitimité. Et celle-là risque de durer plus longtemps que les vacances.






