L’annonce du gouvernement burkinabè visant à généraliser l’usage du terme « camarade » au sein de l’administration publique relève d’une diversion politique grotesque, révélatrice d’un régime aux abois qui tente maladroitement de masquer ses échecs abyssaux.
Alors que le Burkina Faso s’enfonce chaque jour un peu plus dans une crise sécuritaire et humanitaire catastrophique, où des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’État et où des millions de citoyens vivent sous la terreur des groupes armés terroristes, la priorité absolue de la junte militaire au pouvoir semble être… la sémantique administrative. On croit rêver.
Une démagogie mémorielle pour une légitimité en panne
Cette tentative d’imposer un vocabulaire à connotation révolutionnaire, calqué sur les heures de la présidence de Thomas Sankara, ne trompe personne. Elle témoigne d’un populisme de façade et d’une volonté démagogique de s’approprier une mémoire historique pour s’acheter une légitimité à bon compte.
Or, le « sankarisme » ne se résume pas à des éléments de langage ou à des décrets superficiels ; il exigeait de l’intégrité, de l’efficacité et, par-dessus tout, la protection des populations. Singer les codes du passé sans en posséder la rigueur morale ni la vision politique n’est qu’une imposture. En brandissant le spectre d’une révolution de bureau, la junte tente de ranimer une flamme patriotique pour faire oublier que sa promesse originelle – celle de restaurer la sécurité – a été totalement trahie. Le mimétisme ne remplace pas le courage politique.
Le vernis sémantique face au chaos réel
En focalisant l’attention sur ce folklore idéologique d’un autre temps, la junte espère détourner les regards des réalités tragiques du pays : l’incapacité chronique à endiguer l’insécurité, le musellement systématique de la société civile, l’oppression féroce des voix dissidentes et le naufrage économique global.
Remplacer « Monsieur le Ministre » par « Camarade Ministre » ne redonnera pas la paix aux villages assiégés, ne nourrira pas les millions de déplacés internes et ne ramènera pas la stabilité. Ce décret n’est rien d’autre qu’un artifice cosmétique, un écran de fumée conçu pour masquer l’impasse stratégique d’un pouvoir qui, faute de pouvoir offrir la sécurité et la prospérité à son peuple, lui impose un dictionnaire obligatoire. Les Burkinabè n’ont pas besoin de camarades de façade imposés par décret ; ils exigent des résultats, du pain, la paix et la liberté.







