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Lettre ouverte de Biaka Tedang Djoret au présidentde la Commission de l’Union africaine : pour uneréconciliation exigeante au Tchad

Papegent de Papegent
27 Julho 2026
dans Afrique, Flash infos, Politique, Société
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Lettre ouverte de Biaka Tedang Djoret au présidentde la Commission de l’Union africaine : pour uneréconciliation exigeante au Tchad
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Dans une lettre adressée le 21 juillet 2026 à Son Excellence Monsieur le Président de la Commissionde l’Union africaine, un citoyen tchadien, statisticien-économiste de formation, auteur de l’ouvrage « Sans armes, de la statistique à la lutte citoyenne » et coauteur du livre blanc « Pour un Tchad nouveau », expose avec une rigueur documentée les conditionsqu’il estime indispensables pour que le processus de réconciliation nationale en cours dans son pays ne soit pas un énième échec.

Biaka Tedang Djoret, qui se présente comme un « citoyen sans armes, qui écritsans haine », rappelle que son pays s’apprête à ouvrirun processus de réconciliation nationale et de justicetransitionnelle, issu de l’Accord de Doha et du Dialogue national inclusif et souverain de 2022.

En effet, il souligne que « ce processus entre dans le registre d’une justice transitionnelle offerte, dont la pièce maîtresse sera une loi créant une commissionVérité ». Pour lui, « ce moment peut être historiquepour mon pays, mais il peut aussi rejoindre la longue liste de nos processus inaboutis ». La différence, explique-t-il, tiendra aux conditions, et c’est précisément à leur sujet qu’il sollicite l’Unionafricaine.

L’auteur de la lettre joint à son courrier plusieursdocuments publics, dont un registre citoyen des engagements non exécutés, une doctrine citoyennearticulée avec les douze exigences formulées par prèsde trente organisations de la société civile tchadienne, ainsi qu’une note d’architecture pour la loi à venir. Il documente notamment trois faits marquants. D’abord, le dialogue national de 2022 avait fixé le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable uneseule fois, sans possibilité de révisionconstitutionnelle. Ce verrou, inscrit dans la Constitution de 2023 adoptée par référendum, a étésupprimé par voie parlementaire en 2025. Ensuite, le même dialogue avait exigé un mécanisme de suivi de manière immédiate, mais le Cadre indépendantinstitué à cet effet a été dissous par décret en septembre 2025. Enfin, les indemnisations dues auxvictimes du régime Habré, ordonnées par lesChambres africaines extraordinaires créées sousl’égide de l’Union, demeurent partielles, sanscalendrier publié.

Le citoyen tchadien précise que sa démarche a formulé publiquement une offre de sortie encadréepar la vérité et la restitution de l’État patrimonialisé, strictement alignée sur la politique de justicetransitionnelle de l’Union. Cette offre prévoit uneamnistie générale et croisée pour les infractionspolitiques et d’opinion, gagnée par cinq actesvérifiables de l’État, une clémence conditionnée à la vérité pour les crimes de sang, jamais d’impunitétotale pour les crimes contre l’humanité, et unrèglement par la restitution pour les crimeséconomiques, chaque avoir restitué abondant le Fonds des réparations. Il insiste sur le fait que « nousn’attendons pas de l’Union qu’elle parle à notre place; nous lui demandons la cohérence d’unaccompagnement auquel le Tchad a librementsouscrit ».

La lettre formule ensuite plusieurs demandesprécises. Au titre du Fonds fiduciaire de l’Union pourles réparations de l’affaire Habré, l’auteur demandeque l’Union africaine publie l’état de ce Fonds et le calendrier de son opérationnalisation. Il rappelle que« l’affaire Habré fut une fierté africaine, la premièrefois qu’un continent jugeait l’un de ses anciens chefsd’État », et que l’attente des victimes constitue uneligne du registre qui concerne l’Union elle-même. Au titre du Conseil de paix et de sécurité, il suggère quesoient désignés, parmi les figures illustres de la société civile et des autorités traditionnelles et religieuses du continent, dans l’esprit du Groupe des Sages, des observateurs appelés à siéger dans la commission à créer et à recevoir les déclarationsd’acceptation de principe des mouvements non signataires de l’Accord de Doha.

Au titre de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, il demande que lesorganes compétents de l’Union apprécient la conformité de la révision constitutionnelle de 2025 supprimant la limitation des mandats avec lesprincipes d’alternance démocratique. Au titre de la politique de justice transitionnelle de l’Union de 2019, il souhaite que tout accompagnement soitadossé aux standards que l’Union s’est donnés, à savoir des mécanismes indépendants, une approchecentrée sur les victimes, des garanties de non-répétition, le dépôt-miroir des archives et du rapportfinal auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, et un appui conséquent auxorganisations de la société civile et aux associationsdes victimes.

L’auteur aborde également la question sécuritaire, soulignant que l’appui international aux forcestchadiennes ne doit plus renforcer uniquement leurscapacités opérationnelles. Il cite des travauxindépendants, du rapport d’International Crisis Group à l’étude de l’Institut Egmont, qui décrivent uneinstitution structurée par des lignes de fracturecommunautaires, des inégalités de traitement et des circuits de loyauté personnelle. Il estime quel’accompagnement devrait soutenir aussi la représentativité, la professionnalisation, la discipline, la redevabilité, le contrôle parlementaire et la prévention des abus, car « une armée efficace à l’extérieur mais contestée à l’intérieur, parce quesource de conflits et de violence, ne peut pas êtredurablement un facteur de stabilité régionale ».

Au titre du recouvrement des avoirs, il demande quel’Union et ses partenaires appuient la coopérationinternationale nécessaire au volet économique de la justice transitionnelle, notamment l’entraidejudiciaire, l’initiative StAR et les registres des bénéficiaires effectifs, afin que l’argent restituérevienne au Fonds des réparations. Enfin, au titre du suivi et de l’écoute, il propose que l’Union appuie la recréation d’un cadre indépendant de suivi des engagements, protégé par la loi, qu’elle désigne en son sein un point focal chargé de suivre le processustchadien en lien avec la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, et qu’un canalformel d’écoute des victimes et de la société civiletchadienne soit ouvert auprès de ses servicescompétents.

En conclusion, Biaka Tedang Djoret rappelle quel’Union africaine a, avec la crise tchadienne, unehistoire particulière. Chacun s’en souvient, et l’Unionafricaine sait mieux que quiconque ce qu’il en a coûté, jusque dans ses propres rangs, de défendrel’esprit du dialogue au Tchad. Il précise qu’il ne convoque pas ce souvenir pour raviver une querelle, mais pour souligner une opportunité : « le processusqui s’ouvre offre à l’Union l’occasion d’écrire, au Tchad précisément, une autre page, celle d’unaccompagnement exigeant, fidèle à ses propres textes, dont les victimes seraient les premièresbénéficiaires ». Il termine en affirmant que « le Tchad n’a pas besoin qu’on parle à sa place. Il a besoin queceux qui l’accompagnent lisent ce qu’il a signé et l’aident à s’y tenir. C’est toute ma demande ».

La lettre est accompagnée de plusieurs pièces jointes, dont le Registre des engagements non exécutés, La bataille des conditions : doctrine citoyenne de la justice transitionnelle, le Tableau de correspondancedes douze exigences et des dix verrous, l’Architecture citoyenne de la loi CVPRR, et unesérie de quatre articles. Des copies sont adressées au Secrétaire général des Nations Unies, au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au PNUD, au Bureau d’appui à la consolidation de la paix, à l’Union européenne, à la Communauté économique des États de l’Afriquecentrale en sa qualité de garant de l’accord de Kinshasa, à l’Organisation internationale de la Francophonie, à la Commission africaine des droitsde l’homme et des peuples, ainsi qu’à plusieursorganisations non gouvernementales et instituts de recherche.

Eric TOPONA

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