Sous le prétexte de souveraineté et de « guerre de communication », la junte militaire au pouvoir à Ouagadougou a déployé une véritable machine à traquer l’opposition et à bâillonner les derniers bastions de la presse libre.
Une enquête révélée par Reporters sans Frontières (RSF) expose la réalité brutale des coulisses du régime d’Ibrahim Traoré au Burkina Faso : la création et l’animation de toutes pièces d’une milice numérique d’État. Sous l’appellation officielle des « Bataillons d’intervention rapide de la communication » (BIR-C), ce dispositif ne relève en rien de l’engagement citoyen spontané qu’il prétend être. Il s’agit bel et bien d’une armée de cyber-activistes, de profils anonymes et de relais d’influence directement orchestrés par les hautes sphères du pouvoir militaire.
L’intimidation ériger en mode de gouvernement
Loin de se restreindre à la simple promotion de l’action gouvernementale, cette milice virtuelle déploie les méthodes d’un cyber-harcèlement d’État institutionnalisé. Le modus operandi est aussi systématique qu’expéditif :
● Raid numérique ciblé contre tout journaliste, chercheur ou citoyen osant émettre des critiques.
● Diffusion de récits fallacieux et campagne de désinformation de masse pour masquer la réalité sécuritaire du pays.
● Chantage, menaces personnelles, calomnies et campagnes de diffamation.
Le fait que le ministre de la Défense lui-même, le général Célestin Simporé, soit directement associé à cet « essaim numérique » met à nu la complicité directe de l’État dans la répression de la société civile. L’impunité est totale pour ces mercenaires du clavier, encouragés au sommet de la dictature militaire.
Un modèle calqué sur l’autoritarisme russe
Cette stratégie de verrouillage de l’espace virtuel s’inscrit dans un processus méthodique de démantèlement des libertés démocratiques depuis le coup d’État de septembre 2022. La suspension et expulsion des médias indépendants (locaux comme internationaux), entraînant une chute libre du Burkina Faso au classement de la liberté de la presse (110ᵉ rang mondial). S’ajoute aussi la dissolution massive d’associations, arrestations arbitraires et disparitions forcées de voix dissonantes.
La méthode n’a rien d’inédit : elle emprunte directement aux manuels de guerre hybride et de désinformation des « web brigades » russes. En s’alignant stratégiquement sur Moscou et en accueillant les paramilitaires d’« Africa Corps », le régime d’Ibrahim Traoré n’a pas seulement réorienté ses alliances diplomatiques, il a importé des méthodes éprouvées d’ingérence numérique et de contrôle social.







