Après 35 ans de bons et loyaux services, la MINURSO a finalement réussi un exploit : disparaître sans avoir accompli la mission inscrite dans son propre nom. Organiser un référendum ? Toujours pas. Rédiger des rapports ? Mission accomplie depuis belle lurette.
Créée en 1991 pour permettre aux Sahraouis de choisir leur avenir, la mission de l’ONU quitte le Sahara occidental avec un bilan qui donnerait des sueurs froides à n’importe quel contrôleur de gestion : trente-cinq ans d’existence, des centaines de diplomates mobilisés, des millions dépensés et un référendum toujours porté disparu.
À l’ONU, la clôture du dossier a tourné à la farce bureaucratique. Les États-Unis déposent un texte, la Russie sort son veto. Les Russes présentent alors leur propre résolution. Cette fois, c’est Washington qui la torpille. Au final, tout le monde s’accorde sur un point : personne n’est d’accord sur rien. La diplomatie multilatérale dans toute sa splendeur.
Pendant ce temps, sur le terrain, les réalités sont beaucoup plus simples que les communiqués onusiens. Le Maroc administre environ 80 % du territoire et le Front Polisario contrôle le reste. Les protagonistes sont toujours là ; seule l’ONU s’apprête à quitter la photo de famille.
Le secrétaire général António Guterres a pris soin de préciser que le départ de la mission ne supprime pas le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Une précision utile : personne n’avait imaginé qu’un principe vieux de plusieurs décennies pouvait tenir dans les cartons de déménagement de la mission. 32
À force de prolongations annuelles, la MINURSO était devenue un monument du provisoire, un peu comme ces travaux publics qui durent si longtemps qu’on finit par croire qu’ils font partie du paysage. Les générations se sont succédé, les envoyés spéciaux aussi, mais le conflit est resté aussi immobile que les dunes.
Ironie suprême : la mission s’appelait « Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental ». Trente-cinq ans plus tard, le seul scrutin incontestable est celui qui vient d’avoir lieu au Conseil de sécurité. Et il a abouti à une seule décision : fermer la boutique.
Au Sahara occidental, le conflit reste entier. À New York, on range les archives. Après tout, lorsque la solution se fait attendre pendant trois décennies et demie, certains finissent par considérer que le problème n’est plus l’absence de résultat. C’est qu’on ait continué aussi longtemps à faire semblant d’en chercher un.







