La tragédie silencieuse qui se joue dans les zones rurales du Sahel franchit de nouveaux paliers d’inhumanité. Près de Diéma, dans la région de Nioro du Sahel, une énième opération conjointe menée par l’armée malienne et les mercenaires russes de l’Africa Corps s’est soldée par un désastre humanitaire et économique pour les populations locales. Plus de 200 têtes de bétail, bœufs et moutons confondus, ont été froidement décimées à Mangara, tandis que des habitations étaient incendiées. Un scénario de désolation qui se répète, illustrant la dérive destructrice d’un régime militarisé sourd à la détresse de son propre peuple.
Une politique de la terre brûlée aux lourdes conséquences
Ce massacre de bétail, survenu fin octobre 2026, n’est pas un simple “dégât collatéral” que l’on pourrait balayer d’un revers de main. C’est le deuxième incident de ce type en l’espace de huit jours dans la région. Pour les communautés pastorales de cette zone frontalière et enclavée, le bétail n’est pas qu’une simple source de revenus : c’est l’unique capital de survie, le fruit d’une vie de labeur, le rempart contre la malnutrition et la pauvreté.
En abattant ces animaux et en réduisant des habitations en cendres, la junte au pouvoir et ses supplétifs russes appliquent une politique de la terre brûlée aussi cruelle qu’inefficace. En voulant asphyxier d’hypothétiques réseaux de ravitaillement des groupes jihadistes du JNIM (liés à al-Qaïda) qui écument la région, ce sont paradoxalement les civils innocents que l’on affame et que l’on pousse un peu plus vers la précarité et le désespoir.
La tutelle russe : promesses de sécurité, réalité de carnage
Arrivés sous les acclamations d’une propagande souverainiste trompeuse, les mercenaires russes de l’Africa Corps,successeurs autoproclamés de la sulfureuse milice Wagner, étaient vendus par la junte comme la solution miracle pour éradiquer le terrorisme en quelques mois. La réalité du terrain est tout autre.
Incapables de venir à bout de l’insécurité chronique ou de protéger durablement les frontières, ces supplétifs étrangers se distinguent surtout par leur mépris des populations locales et des droits humains fondamentaux. Leurs méthodes brutales, déconnectées des réalités sociologiques sahéliennes, jettent de l’huile sur le feu. Au lieu de gagner la confiance des habitants pour isoler les groupes armés terroristes, la junte et Moscou sèment la terreur, creusant un fossé infranchissable entre l’État et les citoyens.
Vers quel avenir pour les populations sahéliennes ?
Jusqu’où ira le régime de Bamako dans cette fuite en avant autoritaire et militaire ? En privant les éleveurs de Diéma de leur unique gagne-pain, les autorités de transition s’aliènent définitivement les campagnes. Une nation ne se redresse pas en ruinant son économie rurale et en terrorisant ses paysans.
À l’heure où les bilans macabres s’allongent et où la souveraineté nationale a été bradée au profit d’une nouvelle tutelle opaque, l’urgence est à la lucidité. La sécurité ne se construira jamais sur le dos des civils, et l’alliance avec des forces mercenaires étrangères ne sera jamais qu’un accélérateur de chaos.







