Dans la nuit du 26 octobre 2026, près de Lerneb et de Laghlaf, dans la région de Tombouctou, une énième tragédie a frappé des populations civiles au Mali.
Une frappe de drone de l’armée malienne a réduit en cendres un petit campement nomade, fauchant la vie de treize civils, parmi lesquels six enfants et une femme, et laissant derrière plusieurs blessés graves. Deux familles de la communauté touareg Izimatene ont été anéanties sous leurs tentes.
Ce drame de plus illustre avec une cruauté insoutenable la dérive sécuritaire d’une junte militaire au pouvoir à Bamako qui, sous couvert de « reconquête du territoire » et de lutte contre le terrorisme, piétine les principes les plus élémentaires du droit international humanitaire.
Le mutisme coupable du pouvoir central
Face à ce carnage, le silence de l’état-major et des autorités de la transition est assourdissant. Sollicitée, la hiérarchie militaire s’est murée dans un mutisme total, refusant de rendre des comptes ou d’assumer la responsabilité de ce massacre d’innocents. Ce silence n’est pas seulement du mépris pour les familles endeuillées ; il est l’aveu tacite d’une politique de terre brûlée et d’une insouciance criminelle face à la vie humaine.
Les organisations de défense des droits humains, à l’instar des ONG locales CD-DPA et Kal Akal, ne cessent de le dénoncer : il ne s’agit plus de simples « bavures » isolées, mais d’une récurrence alarmante d’opérations indiscriminées, menées par les forces armées maliennes et leurs supplétifs étrangers (notamment les mercenaires russes de l’Africa Corps), qui ciblent aveuglément les populations nomades et rurales.
Une stratégie de la terreur au nom de la souveraineté
La junte au pouvoir a fait de la communication nationaliste et de la surenchère belliqueuse son fonds de commerce politique, promettant la sécurité en échange de la restriction des libertés et d’un isolement diplomatique croissant. Mais la réalité sur le terrain dément brutalement cette propagande. Au lieu de protéger les Maliens contre les exactions des groupes jihadistes ou des rebelles, l’appareil d’État retourne ses armes sophistiquées – acquises à grand frais – contre ceux qu’il a constitutionnellement le devoir de défendre.
Des enfants endormis sous leurs tentes, des femmes, des bergers nomades : voilà les nouveaux « ennemis de la patrie » selon les critères de cette machine de guerre aveugle.
L’impératif de la justice et de l’enquête internationale
La répétition de ces crimes odieux ne peut plus rester impunie sous le couvert fallacieux de la souveraineté nationale ou du secret militaire. Les voix s’élèvent légitimement pour réclamer l’arrêt immédiat de ces frappes aveuglées par la technologie et l’ouverture d’une enquête indépendante.
Les dirigeants de la junte malienne doivent comprendre que le pouvoir conféré par la force des armes ne les dispense pas des lois de la guerre ni de la justice universelle. En continuant de verser le sang de ses propres enfants, le régime signe sa propre faillite morale et creuse un fossé infranchissable avec le peuple malien, piégé entre la terreur des groupes armés et le cynisme meurtrier de ses propres dirigeants.







