En Guinée, il y a des nouvelles qui tombent comme la pluie en hivernage. Et puis il y a celles qui tombent comme un communiqué de la Haute Autorité de la Communication (HAC) : sans avertissement, sans parapluie et avec un effet immédiat.
Le dernier à en faire l’expérience s’appelle Mamadou Diawo Barry, correspondant de Jeune Afrique. Son accréditation journalistique a été retirée par la HAC qui lui reproche des manquements à l’objectivité, à la neutralité et à l’équilibre. Rien que ça.
Le communiqué est d’ailleurs fascinant. Il explique que le journaliste a commis de graves fautes professionnelles sans toutefois préciser lesquelles. Un peu comme un professeur qui mettrait zéro à un élève en lui expliquant : « Tu sais très bien pourquoi. »
Selon la HAC, le correspondant n’est désormais plus habilité à couvrir les événements officiels au nom de Jeune Afrique. Autrement dit, les conférences de presse, les inaugurations de ponts, les coupures de rubans et les discours interminables devront désormais se dérouler sans lui.
Dans les rédactions guinéennes, certains journalistes cherchent déjà à comprendre le mode d’emploi de la nouvelle objectivité. Faut-il désormais vérifier les faits avant de les publier ? Après les avoir publiés ? Ou ne les publier que lorsqu’ils sont devenus agréables à lire pour les autorités ?
Mystère
La HAC assure néanmoins demeurer profondément attachée à la liberté de la presse. Ce qui est rassurant. C’est un peu comme un restaurateur qui proclamerait son amour pour les poulets juste après avoir fermé le poulailler.
Pendant ce temps, les observateurs s’interrogent. Quels articles ont provoqué cette décision ? Quels passages ont été jugés déséquilibrés ? Le public n’en saura rien pour l’instant. La transparence est manifestement une denrée qu’il convient d’utiliser avec modération.
Dans cette affaire, une chose est certaine : en retirant l’accréditation du correspondant de Jeune Afrique, la HAC a réussi un tour de force. Elle a transformé une décision administrative en sujet politique.
Et comme souvent en Afrique, la meilleure publicité pour un journaliste reste parfois l’interdiction qui le frappe.
On ignore si cette mesure rendra l’information plus équilibrée. Mais elle a déjà réussi une chose : faire beaucoup parler d’elle.







