À l’occasion de la récente réunion de la Commission nationale de la Confédération réunie au Burkina Faso, les dirigeants des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont une nouvelle fois martelé leur récit rodé : celui d’une « bataille pour la conquête de la souveraineté » retrouvée.
En s’inscrivant dans la lignée symbolique des figures du anticolonialisme, de Patrice Lumumba à Thomas Sankara, l’Alliance des États du Sahel (AES) cherche à légitimer son pouvoir en offrant à l’opinion publique une rhétorique souverainiste séduisante. Mais derrière cette vitrine idéologique et la promesse d’une rupture panafricaine, le bilan concret interroge.
Un discours d’affichage face aux fragilités sécuritaires
Si l’AES vante une concertation diplomatique renforcée et la mise en place de projets agro-pastoraux ou économiques intégrés, la situation sécuritaire dans la région du Liptako-Gourma reste alarmante. Le retrait précipité des forces étrangères et le rejet des instances régionales comme la CEDEAO n’ont pas permis d’enrayer l’expansion des groupes armés terroristes. Dans plusieurs zones, les populations civiles continuent de subir la violence, contraintes au déplacement ou à l’isolement, tandis que les armées nationales peinent à combler seules le vide sécuritaire, malgré le recours à de nouveaux partenaires militaires privés internationaux.
L’illusion de l’autonomie économique et le recul démocratique
Sur le plan économique, le projet de dynamisation des échanges frontaliers s’heurte à des difficultés structurelles majeures : inflation incontrôlée, ruptures d’approvisionnement, fuite des investisseurs et isolement financier. L’invocation constante d’une « souveraineté à toute épreuve » agit bien souvent comme un paravent politique visant à occulter des indicateurs socio-économiques au rouge.
Par ailleurs, cette reconquête théorique de la souveraineté nationale s’est accompagnée d’un verrouillage politique strict à l’intérieur des frontières. Au nom de l’effort de guerre et de la cohésion nationale, les voix critiques, la presse indépendante et la société civile font l’objet d’une répression croissante, remettant en question la possibilité même d’un débat démocratique sur l’avenir de la Confédération.
Quel avenir pour le projet confédéral ?
Se réclamer de l’héritage d’icônes du panafricanisme ne saurait suffire à bâtir un État moderne viable. Pour que la souveraineté vantée par les dirigeants de l’AES ne demeure pas un simple slogan populiste, l’Alliance devra apporter des réponses concrètes aux besoins fondamentaux de ses citoyens : la sécurité effective, la stabilité économique et le respect des libertés fondamentales. Sans ces garanties, la promesse d’un avenir confédéral prospère risquerait fort de se dissoudre dans l’épreuve des faits.






