Plus d’un an après les grandes annonces politiques, le vernis de la communication officielle commence à se craqueler.
L’Alliance des États du Sahel (AES), qui unit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cesse de vanter sa « force conjointe » comme le symbole d’une souveraineté militaire retrouvée. Pourtant, face aux récentes crises et à l’ancrage persistant des groupes terroristes, l’absence de cette force sur le terrain pose une question cruciale : l’armée de l’AES est-elle une réalité opérationnelle ou un simple outil de propagande politique ?
Le mirage des chiffres et de l’autonomie
Sur le papier, les régimes militaires de l’AES revendiquent une force unifiée de 5 000 à 6 000 hommes, censée patrouiller dans la zone hautement stratégique des « trois frontières ». La rupture avec l’ancien G5 Sahel, jugé trop inféodé à la France et à l’Union européenne, se voulait radicale. Cette fois, le mot d’ordre est l’autofinancement par « l’effort de guerre » des populations locales.
Dans les faits, ce choix de l’autarcie financière montre déjà ses limites. Privée de financements internationaux lourds, la force conjointe souffre d’un sous-équipement chronique. Si les défilés militaires à Bamako ou Ouagadougou affichent du matériel flambant neuf, la réalité du front est tout autre : les capacités logistiques, de communication cryptée et de transport aérien tactique sont insuffisantes pour coordonner une armée transfrontalière efficace.
L’impuissance face aux crises : l’aveu de faiblesse
Les récents soubresauts sécuritaires et politiques dans la région ont mis en lumière l’inactivité frappante de cette structure commune. Pourquoi cette force est-elle restée invisible ?
L’état-major unifié de l’AES est aujourd’hui incapable de projeter des troupes d’un pays membre vers un autre en quelques heures. Sans couverture aérienne solide ni logistique de pointe, déplacer des bataillons reste un défi insurmontable.
Pour assurer leur propre survie face aux mutineries urbaines ou aux attaques complexes, les juntes au pouvoir préfèrent s’en remettre à leurs forces d’élite locales et, surtout, aux mercenaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner). Cette dépendance envers Moscou contredit directement le discours officiel d’indépendance et relègue la force de l’AES au second plan.
Alors que l’Alliance est présentée comme un bloc monolithique prêt à s’entraider, sa charte reste ambiguë sur la gestion des crises internes. La force est calibrée pour la brousse, mais s’avère totalement impuissante face aux crises de légitimité qui secouent les capitales du Sahel.
En s’enfermant dans une rhétorique de souveraineté exclusive, les dirigeants de l’AES ont suscité d’immenses attentes chez des populations locales fatiguées par plus d’une décennie de guerre. Aujourd’hui, la force conjointe de l’AES apparaît pour ce qu’elle est réellement : une coalition fragile, minée par le manque de moyens, qui peine à transformer des slogans politiques en victoires militaires concrètes.






