Lorsque la montagne d’ordures de Dar-es-Salam s’est effondrée sur des habitations de la périphérie de Conakry dans la nuit du 23 au 24 août, faisant au moins 30 morts et 22 blessés, les autorités ont évoqué les fortes pluies comme élément déclencheur.
Mais réduire la catastrophe à un simple phénomène météorologique reviendrait à ignorer des années de négligence, d’urbanisation désordonnée et d’inaction politique.
Selon les autorités guinéennes, l’éboulement s’est produit dans le quartier de Dar-es-Salam, où une immense décharge à ciel ouvert domine depuis des années des zones habitées. Sous l’effet des pluies torrentielles qui se sont abattues sur la capitale, une masse de déchets s’est détachée avant d’ensevelir des maisons et des habitants encore endormis. Les secours ont mobilisé des pelleteuses et des équipes de protection civile pour rechercher d’éventuels survivants.
Pour de nombreux Guinéens, le drame était pourtant prévisible.
Depuis longtemps, les riverains dénoncent les risques posés par cette décharge géante, située au cœur d’une zone urbaine de plus en plus dense. Les autorités avaient d’ailleurs engagé des opérations d’évacuation et annoncé la fermeture prochaine du site en raison du danger d’éboulement. Ironie tragique : la catastrophe s’est produite précisément le jour où cette fermeture devait entrer en vigueur.
Cette contradiction illustre un problème plus profond qui dépasse le seul cas de Dar-es-Salam. Dans de nombreuses villes africaines en croissance rapide, les infrastructures publiques peinent à suivre l’explosion démographique. Les déchets s’accumulent plus vite qu’ils ne sont traités, tandis que des populations contraintes par la pauvreté s’installent dans des zones dangereuses faute d’alternatives. La décharge devient alors à la fois une menace et une source de subsistance pour ceux qui y vivent ou y travaillent.
En Guinée, cette catastrophe réveille également des souvenirs douloureux. Dar-es-Salam n’en est pas à son premier accident meurtrier. Un précédent éboulement avait déjà fait plusieurs victimes il y a quelques années, alimentant les inquiétudes sur la sécurité du site. Malgré ces alertes répétées, les solutions structurelles semblent avoir constamment été repoussées.
La question qui se pose désormais est celle de la responsabilité. Les pluies ont certes joué un rôle immédiat, mais elles n’expliquent pas pourquoi des familles vivaient encore au pied d’une montagne de déchets connue pour son instabilité. Elles n’expliquent pas non plus pourquoi les opérations de relocalisation n’ont pas été menées suffisamment tôt pour éviter une telle perte de vies humaines.
Au-delà du bilan humain, l’effondrement de Dar-es-Salam met en lumière les défis auxquels Conakry sera confrontée dans les décennies à venir : gestion des déchets, aménagement du territoire, logement et adaptation aux événements climatiques extrêmes. Les fortes pluies deviennent plus fréquentes et plus destructrices dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest. Sans investissements massifs dans les infrastructures urbaines, les catastrophes de ce type risquent de se multiplier.
Pour le gouvernement guinéen, l’urgence est aujourd’hui double : secourir les victimes et accompagner les familles endeuillées. Mais l’enjeu politique est plus large. L’émotion provoquée par la mort d’au moins trente personnes pourrait rapidement se transformer en colère si l’opinion publique conclut que cette tragédie était évitable.
À Dar-es-Salam, ce ne sont pas seulement des tonnes d’ordures qui se sont effondrées. C’est aussi le symbole d’un modèle urbain incapable de protéger les plus vulnérables. Et comme souvent après les catastrophes annoncées, la question demeure : pourquoi a-t-il fallu attendre des dizaines de morts pour agir ? agir ?







