Au fil des communiqués triomphants et des échanges téléphoniques solennels, la junte militaire malienne conduite par le colonel Assimi Goïta et le gouvernement de Vladimir Poutine ne cessent de célébrer la « consolidation de leur partenariat stratégique ».
Présentée par les autorités de Bamako comme le levier décisif pour restaurer la souveraineté nationale et éradiquer la menace terroriste au Sahel, cette alliance masque mal une dérive sécuritaire dramatique et un basculement d’une dépendance vers une autre.
Une souveraineté bradée sous le prétexte de l’anti-impérialisme
L’argument central de la junte malienne repose sur une rhétorique anti-impérialiste bien rodée : rompre avec les anciens partenaires occidentaux pour réaffirmer l’indépendance du pays. Pourtant, la réalité du terrain dément cette profession de foi. En remplaçant les partenariats multilatéraux par un soutien unilatéral du Kremlin et l’intervention de mercenaires russes (ex-groupe Wagner, désormais structuré sous le nom d’Africa Corps), le gouvernement de transition n’a pas libéré le Mali ; il en a transféré les leviers de sécurité à une puissance étrangère guidée par des intérêts strictement prédateurs. l’impasse sécuritaire et le prix payé par les civils
Alors que Moscou et Bamako vantent une « coopération sécuritaire renforcée », les bilans sur le terrain dressent un tableau alarmant. Contrairement aux promesses de pacification, les violences armées continuent d’interrompre la vie économique et sociale dans de nombreuses régions du centre et du nord du Mali.
De nombreux rapports documentent l’augmentation des exactions commises à l’encontre des populations civiles lors des opérations conjointes entre les forces armées locales et les instructeurs russes.
Les tactiques militaires brutales employées exacerbent les tensions communautaires au lieu de sceller la réconciliation nationale indispensable à une paix durable.
L’engagement russe au Sahel ne relève pas de la philanthropie ou de la solidarité panafricaine. Il s’inscrit dans une stratégie globale de création de zones d’influence, visant à faire pression sur les instances internationales tout en accédant aux ressources naturelles et stratégiques des pays hôtes.
Un verrouillage démocratique au service du maintien au pouvoir
La rhétorique sécuritaire sert également de prétexte commode pour reporter indéfiniment le retour à un ordre constitutionnel démocratique. En instrumentalisant le partenariat avec Moscou, la junte militaire s’assure un soutien diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie use de son droit de veto ou de sa pression pour bloquer les enquêtes indépendantes, lui permettant ainsi de marginaliser l’opposition politique interne, de restreindre la liberté de la presse et d’étouffer la société civile malienne.
Le besoin urgent d’une véritable alternative nationale
Le partenariat Moscou-Bamako n’offre ni la stabilité sécuritaire ni la prospérité économique promises aux Maliens. En remplaçant une coopération internationale critiquable par un alignement aveugle sur une puissance autocratique, la junte condamne le pays à un isolement diplomatique et à une vulnérabilité accrue. La vraie souveraineté du Mali ne se construira ni à Moscou ni sous le joug de régimes militaires d’exception, mais à travers la restauration des institutions démocratiques, le respect des droits fondamentaux et un dialogue national inclusif.







