L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté, lundi 18 août, une réforme constitutionnelle imposant au président de la République, au président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre de déclarer et de publier leur patrimoine à l’entrée comme à la sortie de leurs fonctions. Présentée comme une avancée majeure en matière de gouvernance, la mesure intervient toutefois dans un climat politique particulièrement tendu entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko.
Voté par 133 députés sur 165, le texte modifiant l’article 37 de la Constitution marque un durcissement des obligations de transparence imposées aux plus hauts responsables de l’État. Jusqu’à présent, la déclaration de patrimoine, inscrite dans la Constitution depuis 2001, n’était exigée qu’au début de l’exercice des fonctions. Désormais, les intéressés devront également déposer une déclaration dans les trois mois suivant leur départ du pouvoir.
Cette réforme s’inscrit dans les engagements pris par les autorités arrivées aux commandes du pays en avril 2024, après douze années de présidence de Macky Sall. La lutte contre la corruption, la reddition des comptes et la moralisation de la vie publique figuraient alors parmi les principaux piliers du programme de la coalition victorieuse.
Mais le contexte politique donne à ce vote une portée particulière. La proposition de loi émane de la majorité parlementaire conduite par Ousmane Sonko, ancien Premier ministre devenu l’un des principaux rivaux du chef de l’État depuis son éviction de la Primature en mai dernier. Initialement limitée au président de la République, elle a été élargie au président de l’Assemblée nationale et au Premier ministre à la suite d’un amendement introduit par le gouvernement.
Cette séquence législative illustre les fractures de plus en plus visibles au sein de l’ancien tandem qui avait porté l’alternance de 2024. Depuis plusieurs mois, les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont fortement dégradées, au point de déboucher sur une recomposition du paysage politique. Les deux hommes, autrefois unis sous la bannière du Pastef, dirigent désormais des camps distincts dont les partisans s’accusent mutuellement de manque de transparence et de gestion opaque des affaires publiques.
Les débats parlementaires ont d’ailleurs révélé ces dissensions. Plusieurs députés de la majorité ont exprimé leurs réserves, estimant que l’initiative pourrait être utilisée comme une arme politique dans le bras de fer opposant les deux dirigeants. Pour ces élus, le texte risque d’alimenter davantage les tensions plutôt que de renforcer le consensus autour de la gouvernance publique.
Présent lors de la séance plénière, le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a salué l’esprit de la réforme tout en plaidant pour une approche plus large. Selon lui, cette question gagnerait à être intégrée au projet de référendum constitutionnel annoncé par le président Faye le 29 juin dernier. Aucune date n’a toutefois encore été fixée pour cette consultation.
Au-delà des rivalités politiques, l’adoption de cette loi constitue l’une des premières réformes institutionnelles majeures depuis l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités. Reste désormais à voir si ce renforcement du dispositif de déclaration de patrimoine contribuera effectivement à restaurer la confiance des citoyens dans les institutions ou s’il deviendra un nouvel épisode de la confrontation qui oppose les deux figures centrales de l’ex-majorité.







