Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, a demandé à l’ensemble des membres du gouvernement de transmettre l’intégralité des contrats signés depuis le 5 septembre 2021 par leurs ministères respectifs ainsi que par les administrations, agences et organismes placés sous leur tutelle.
Cette instruction, rendue publique à travers une correspondance officielle adressée aux différents départements ministériels, marque une nouvelle étape dans la volonté affichée des autorités de transition de renforcer le contrôle sur la gestion des affaires publiques.
Selon les termes de la note, les ministres sont invités à fournir un état complet des conventions et accords conclus depuis l’arrivée au pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), à la suite du coup d’État qui a renversé le président Alpha Condé. L’exercice concerne aussi bien les marchés publics que les contrats de prestation, les partenariats institutionnels ou encore les accords conclus avec des entreprises privées.
Une opération de transparence
Si le gouvernement n’a pas détaillé les motifs exacts de cette initiative, plusieurs observateurs y voient une volonté de disposer d’une photographie exhaustive des engagements contractuels de l’État durant les cinq années de transition.
Depuis son arrivée au pouvoir, le CNRD a fait de la lutte contre la corruption et de l’assainissement de la gestion publique l’un des axes majeurs de son discours politique. Plusieurs audits ont déjà été menés dans différents secteurs, notamment les finances publiques, les infrastructures et les entreprises d’État.
Cette nouvelle démarche pourrait ainsi permettre aux autorités de recenser les engagements financiers pris par les différents ministères, d’en mesurer les implications budgétaires et d’évaluer leur conformité avec les procédures administratives en vigueur.
« Il s’agit probablement d’un exercice destiné à centraliser l’information et à disposer d’une visibilité globale sur les obligations contractuelles de l’État », analyse un spécialiste des politiques publiques à Conakry. « De nombreux contrats sont souvent dispersés entre les ministères et les agences sous tutelle, ce qui complique le suivi et l’évaluation des engagements de l’administration. »
Un examen des années de transition
L’initiative présente une particularité notable : elle couvre exclusivement la période ouverte par le changement de régime du 5 septembre 2021.
Contrairement aux audits précédents qui visaient parfois des actes de gestion remontant aux anciens gouvernements, cette revue concerne les contrats conclus sous la responsabilité de l’administration mise en place par les autorités de transition.
Ce choix pourrait témoigner d’une volonté de dresser un bilan de la gestion publique durant la période transitoire, alors que le pays s’apprête à entrer dans une phase décisive de son processus de retour à l’ordre constitutionnel.
La mesure intervient également au moment où les dépenses publiques connaissent une hausse importante liée à la mise en œuvre de grands projets d’infrastructures, à la préparation d’échéances électorales et à l’accélération des investissements dans les secteurs stratégiques.
Des secteurs particulièrement concernés
Bien que la demande du Premier ministre s’adresse à l’ensemble des départements ministériels, certains secteurs pourraient faire l’objet d’une attention particulière.
Les mines, moteur de l’économie guinéenne, concentrent depuis plusieurs années une part importante des conventions conclues par l’État avec des partenaires nationaux et étrangers. Les infrastructures, l’énergie, les transports ou encore les télécommunications figurent également parmi les domaines où les engagements contractuels sont nombreux et souvent assortis d’importantes implications financières.
La centralisation de l’ensemble de ces contrats permettra aux autorités de disposer d’une base de données consolidée et d’identifier d’éventuels doublons, retards d’exécution ou engagements présentant des risques juridiques et budgétaires.
Vers de nouveaux audits ?
À Conakry, plusieurs analystes estiment que cette collecte pourrait constituer une étape préparatoire à des audits plus approfondis.
Dans de nombreux pays, les opérations de recensement contractuel servent de préalable à des vérifications portant sur la conformité des procédures d’attribution, le respect des obligations contractuelles ou encore la performance des projets financés sur fonds publics.
Le gouvernement n’a toutefois annoncé aucune mesure de contrôle spécifique à ce stade et n’a pas indiqué si cette opération pourrait déboucher sur des révisions ou des renégociations de contrats existants.
Pour l’heure, l’objectif affiché semble être avant tout de disposer d’une vision complète des engagements pris par les administrations depuis le début de la transition.
Un test de gouvernance
Au-delà de son aspect technique, la décision d’Amadou Oury Bah revêt une dimension politique. Elle place sous examen une période durant laquelle le pouvoir militaire a concentré entre ses mains l’essentiel des leviers de décision et de gestion.
Dans un pays où les questions de gouvernance et de transparence demeurent au cœur du débat public, la capacité des autorités à rendre compte de l’utilisation des ressources publiques constitue un enjeu majeur de crédibilité.
Reste désormais à savoir si cet inventaire débouchera sur de simples mesures administratives ou sur une véritable évaluation de la gestion contractuelle de l’État durant les années de transition. Une chose est certaine : en demandant à ses ministres d’ouvrir leurs archives contractuelles, le Premier ministre a lancé une opération dont les conclusions pourraient éclairer certains aspects encore méconnus de la gouvernance depuis le 5 septembre 2021.







