L’attaque s’est produite à l’aube, avec une audace qui rappelle la montée en puissance des groupes jihadistes au Mali. Dimanche 9 août, des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont pris d’assaut le principal camp militaire de San, dans la région de Ségou, au centre du pays. Selon plusieurs sources, au moins une dizaine de soldats maliens ont été tués, tandis que du matériel militaire a été emporté par les assaillants.
D’après des témoignages recueillis sur place, les jihadistes sont arrivés en nombre aux premières heures de la matinée. Certains circulaient à moto, d’autres à pied. Plusieurs d’entre eux portaient même des uniformes ressemblant à ceux de l’armée malienne, une tactique destinée à faciliter leur infiltration. Les échanges de tirs ont débuté vers 5 heures du matin et se sont poursuivis pendant plusieurs heures.
Selon des habitants de San, les assaillants sont parvenus à pénétrer dans l’enceinte militaire et à en prendre le contrôle pendant un certain temps avant de se retirer. Un épisode qui contredit partiellement la version officielle présentée par l’état-major malien, lequel a évoqué une simple « tentative d’attaque » repoussée grâce à une « riposte vigoureuse » des Forces armées maliennes (FAMa).
Le JNIM, de son côté, revendique une « prise de contrôle totale » de la caserne. Comme souvent dans ce type d’affrontement, les récits divergent entre les autorités militaires et les groupes armés, mais une chose semble incontestable : l’opération a causé de lourdes pertes aux forces gouvernementales.
Cette nouvelle attaque intervient dans un contexte particulièrement difficile pour Bamako. Depuis plusieurs mois, les groupes jihadistes multiplient les offensives contre les positions militaires à travers le pays. Le 18 juillet dernier, une attaque menée conjointement par le JNIM et des combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) avait déjà coûté la vie à plusieurs dizaines de militaires dans le nord du Mali.
Pour la junte au pouvoir, arrivée aux commandes du pays après les coups d’État de 2020 et 2021 avec la promesse de restaurer la sécurité, l’attaque de San constitue un nouveau camouflet. Malgré le retrait des forces françaises et le rapprochement stratégique avec la Russie, les groupes armés continuent de démontrer leur capacité à frapper des sites militaires jusque dans des zones considérées comme relativement sécurisées.
Au-delà du bilan humain, l’assaut de San illustre surtout l’évolution tactique du JNIM. Le mouvement ne se contente plus d’attaques de harcèlement ou d’embuscades contre des convois militaires. Il cherche désormais à s’emparer, même temporairement, d’infrastructures stratégiques afin d’afficher sa puissance et de fragiliser davantage l’autorité de l’État.
Pour les populations du centre du Mali, déjà confrontées à l’insécurité chronique depuis plusieurs années, ce nouveau coup de force renforce le sentiment que le conflit est loin d’être maîtrisé. Et à Bamako, la question devient de plus en plus pressante : comment inverser le rapport de force alors que les jihadistes semblent capables de porter la guerre au cœur même des installations militaires du pays ?







