Dans une déclaration au ton particulièrement offensif publiée le 3 août, les Forces vives de Guinée (FVG), coalition regroupant plusieurs partis d’opposition et organisations de la société civile, ont annoncé qu’elles rejetaient l’ensemble des institutions issues des dernières consultations électorales, qu’elles considèrent comme frauduleuses.
Cette prise de position marque une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose depuis plusieurs années le pouvoir et ses détracteurs. Pour les FVG, les élections organisées depuis la fin de la transition n’ont pas permis un véritable retour à l’ordre constitutionnel. Le collectif estime au contraire qu’elles ont servi à consolider le pouvoir de Mamadi Doumbouya, arrivé à la tête du pays à la suite du coup d’État du 5 septembre 2021 avant d’être élu président en décembre 2025.
Dans un réquisitoire sévère, les Forces vives accusent le chef de l’État et son entourage de gouverner « par la terreur », la répression, la violence et la corruption. Elles dénoncent ce qu’elles présentent comme une dérive autoritaire caractérisée par des arrestations d’opposants, des disparitions forcées, des actes de torture, des restrictions croissantes des libertés publiques ainsi qu’un affaiblissement du pluralisme politique.
Le collectif s’en prend également aux différents scrutins organisés depuis la fin de la transition. Selon lui, le référendum constitutionnel, l’élection présidentielle et les législatives n’ont constitué que des « simulacres d’élections » destinés à donner une apparence de légitimité à un pouvoir issu d’un putsch militaire. Les Forces vives affirment en conséquence ne reconnaître aucune des institutions découlant de ces processus électoraux.
Cette déclaration survient dans un contexte politique déjà tendu. Depuis plusieurs mois, l’opposition conteste la gestion du processus politique par les autorités, tandis que plusieurs mouvements critiques dénoncent la réduction des espaces de liberté et la marginalisation des voix dissidentes. Les relations entre le pouvoir et les Forces vives se sont progressivement détériorées au point que toute perspective de dialogue politique apparaît aujourd’hui extrêmement limitée.
Le calendrier a également retenu l’attention des observateurs. Le communiqué des Forces vives a été publié le jour même où Mamadi Doumbouya quittait Conakry pour un séjour privé en Grèce avec sa famille dans le cadre de ses congés annuels. La présidence a présenté ce déplacement comme un exercice de transparence inédit, soulignant qu’il s’agissait d’une communication officielle sur des vacances présidentielles.
Pour l’opposition, cependant, l’enjeu dépasse largement la personne du président. Les Forces vives appellent désormais les « patriotes guinéens » à se mobiliser afin de « mettre fin à la dictature », restaurer les libertés fondamentales et œuvrer à un retour effectif à l’ordre constitutionnel.
La portée réelle de cet appel reste difficile à mesurer. Le pouvoir contrôle aujourd’hui l’essentiel des institutions et dispose d’une large majorité au sein des organes élus. Mais la déclaration des Forces vives révèle l’existence d’une contestation persistante qui refuse de reconnaître la séquence politique ouverte après le coup d’État de 2021 et consolidée par les scrutins organisés depuis lors.
Près de cinq ans après l’arrivée des militaires au pouvoir, la Guinée se retrouve ainsi confrontée à une question fondamentale : les élections organisées depuis la transition ont-elles permis de refermer la parenthèse du coup d’État ou ont-elles au contraire déplacé le débat vers la question plus large de la légitimité démocratique ? En rejetant en bloc les institutions en place, les Forces vives ont choisi leur réponse. Reste à savoir si cette stratégie de rupture trouvera un écho au sein d’une population appelée, une fois encore, à arbitrer les rivalités politiques qui traversent le pays.






