Mohamed Bazoum a été 10ᵉ présidentdu Niger, en fonction du 2 avril 2021 au 26 juillet 2023, date à laquelle il a été renversé par un coup d’État militaire dirigé par le généralAbdourahamane Tiani. Trois ans après sa chute, il est toujours détenu avecson épouse, Hadiza Ben Mabrouk Bazoum, dans l’enceinte de la présidence à Niamey.
Plusieurs organisations internationales, dont la CEDEAO, des instances de l’ONU, le Parlement européen et Human Rights Watch, demandent sa libération. Éric Topona.
Le 21 mars 2021, le Niger a clôturé uneséquence politique qui aura été saluéedans l’Afrique tout entière et bien au-delà de ses frontières. À l’issue d’uneélection démocratique, d’un scrutin donttous les observateurs s’accordent alors à saluer la régularité et la transparence, Mohamed Bazoum sera proclamé chefde l’État par la Cour constitutionnelledu Niger. Mais au-delà de la sainecompétition électorale qui l’aura portéau pouvoir, l’élection de Mohamed Bazoum fut un motif de fierté et d’espérance pour un enracinementdurable d’une démocratie apaisée en Afrique.
Mohamed Bazoum a succédé à unprésident de la République, Mahamadou Issoufou, qui aura décidé en touteliberté, en toute conscience, de ne pasmodifier la Constitution du Niger poureffectuer un troisième mandat. D’ailleurs, la loi fondamentale en vigueur ne rendait guère possible cetteéventualité. Par ailleurs, il estextrêmement important de le souligner, Mohamed Bazoum appartient à la communauté arabe du Niger, plus précisément à la tribu des Ouled Souleymane (ou Ouled Slimane) minoritaire. Dans une Afriqueoù l’arithmétique communautairedemeure une donnée majeure dans la composition des alliances et des carrières politiques, son électiontriomphale fut une exception salutaire. Le Niger apparaissait alors comme le creuset d’un véritable renouveaudémocratique en Afrique.
Espoir déçu
Or, le 26 juillet 2023, ce mondenouveau en gestation s’effondre. Mohamed Bazoum est renversé par des éléments de sa garde présidentielle, sous la conduite du général Abdourahamane Tiani. Mais il ne s’agira pas seulement d’une atteinte auxinstitutions de l’État, car, en plus de ce putsch, le président de la République démocratiquement élu et sa familleseront séquestrés dans une annexe de la présidence de la République, danslaquelle il demeure privé de ses droitsfondamentaux, aux côtés de son épouse, Hadiza Ben Mabrouk Bazoum. À la différence d’un détenu de droitcommun, Mohamed Bazoum estquasiment privé de tout lien social, en dehors des rares visites autorisées par la junte au pouvoir.
Depuis trois ans, l’occasion n’a jamaisété offerte à Mohamed Bazoum de se défendre des chefs d’accusation portéscontre lui par le pouvoir actuel, ced’autant plus qu’au-delà des discoursofficiels, une saisie de la justiceconforme aux canons de l’État de droitn’a jamais été engagée afin qu’il puissese défendre. Ce dilatoire n’auraprobablement pas de terme car la vacuité d’un éventuel dossier d’inculpation contre Mohamed Bazoum ne fait guère de doute.
Mépris pour l’État de droit
C’est à cet égard que le 23 juillet 2025, Human Rights Watch, par la voix de la chercheuse senior Ilaria Allegrozzi, déclarait : « La junte militaire du Niger affiche son mépris pour l’État de droitchaque jour qu’elle maintient l’ancienprésident Mohamed Bazoum et sonépouse en détention. « Sa détention et les poursuites contre lui, motivées par des considérations politiques, discréditent toute prétention de la junteà un Niger plus démocratique ».
À quand la fin de ce calvaire ?
C’est la question que se posent ceuxqui, dans les opinions publiques, sontpréoccupés par l’injustice cruelle faite à Mohamed Bazoum et son épouse. À la vérité, une forte mobilisationinternationale s’est immédiatement miseen place après son renversement et saséquestration. Elle s’est mêmemaintenue sur la durée, à travers des collectifs de soutien qui ont rassembléde hautes personnalités d’horizonsdivers, de même que la condamnationd’institutions internationales de premierplan, au premier rang desquelles le Parlement européen qui a récemmentadopté une résolution en ce sens à la quasi-unanimité.
Force est de constater que non seulement le couple Bazoum demeuredans les liens de la détention, maisaucune lueur de libération ne se dessinedans un horizon proche ou lointain.
Booster la dynamique en faveur du couple Bazoum
Il s’avère donc indispensable de passerdes condamnations de principe à des mesures coercitives. L’Unioneuropéenne dispose pour cela d’outilsqui sont en train de faire leurs preuvescontre la Russie en raison de sa guerred’agression contre l’Ukraine. La responsabilité morale et géopolitique de l’Union européenne est d’autant plus grande que son espace de civilisationdemeure pour de nombreux démocratesen Afrique le seul à même de soutenir la promotion de valeurs de paix, de libertéet de démocratie sur le continent. Il y vaaussi de son intérêt de savoir qu’à sesfrontières, notamment en Afrique, émergent des sociétés politiquespacifiées et consensuelles.
En effet, dans un régime tel que celui en vigueur au Niger, où la presse estmuselée, la société civile est renduequasi inexistante, toute opiniondivergente est quasiment criminalisée. Ceux qui s’opposent en conscience au maintien en détention du coupleBazoum, et au mépris de ses droits lesplus élémentaires, ne peuvent le faire qu’en conscience et non en actes.
Sur un tout autre plan, on ne peuts’empêcher de relever pour le déplorerl’apathie, voire le silence assumé de l’Union africaine. Après des protestations timides dans les jours quiont suivi le coup d’État, elle sembleplutôt avoir privilégié la voie de la normalisation avec la junte au pouvoir. Ses principes, ses valeurs, ses chartesattendront.







