Lorsqu’ils ont pris le pouvoir, les militaires de la junte malienne avaient fait de la « rupture » et de la lutte contre la mauvaise gouvernance leur principal fonds de commerce. Mais après plusieurs années de transition, le miroir aux alouettes se fissure. La récente offensive d’un collectif d’associations anti-corruption, exigeant un audit approfondi des marchés publics auprès du Vérificateur général, met en lumière le gouffre qui sépare les discours souverainistes de la réalité des pratiques budgétaires.
L’exception militaire : le bouclier commode du régime
Derrière le patriotisme affiché et la rhétorique sécuritaire, la gestion des deniers publics s’encadre désormais d’un secret quasi absolu. La défense et la sécurité sont devenues le premier poste budgétaire du pays, mais ces dépenses colossales échappent sciemment à tout contrôle institutionnel ou démocratique.
Sous couvert de secret-défense ou d’urgence sécuritaire, la junte enchaîne les contrats de gré à gré sans rendre de comptes. Symbole marquant de ces dérives : l’acquisition récente d’un nouvel avion de commandement (un Boeing 737 estimé à plus de 15,6 milliards de francs CFA). Une dépense somptuaire qui interroge sur le sens des priorités de militaires au pouvoir, alors même que le pays traverse une crise socio-économique dramatique.
Une épreuve de vérité pour les institutions et la transition
En demandant un inventaire complet des marchés de la transition, la société civile renvoie les militaires à leurs propres contradictions. Si la junte n’a rien à se reprocher, pourquoi craindre la transparence ? La réticence ou le silence du pouvoir face à ces requêtes administratives prouve que le changement de régime n’a fait que déplacer les circuits d’influence et de passe-droits au profit de la nouvelle caste en uniforme.
Les instances de régulation, la Cour suprême et le Bureau du Vérificateur général, se retrouvent quant à elles au pied du mur : prouver qu’elles restent indépendantes, ou confirmer qu’elles ont été réduites au rôle de figurants sous le règne des militaires. La transition politique ne saurait servir de permis d’impunité indéfini.







