La rhétorique était pourtant bien huilée : chasser les forces occidentales, rompre les vieux partenariats et confier les clés de la sécurité à l’Alliance des États du Sahel (AES) épaulée par ses nouveaux parrains russes. Mais sur le terrain, la réalité du terrain vient balayer les promesses de stabilité des juntes militaires.
Les attaques coordonnées et massives subies par le Mali ce samedi matin, touchant simultanément Gao, Anéfis, Aguelhok, Sévaré et jusqu’aux portes de Bamako avec l’assaut de la prison de Kéniéroba, mettent cruellement en lumière la faillite stratégique de ce modèle sécuritaire.
L’effet boomerang de la rupture d’alliances
En choisissant le repli nationaliste et la rupture dogmatique avec ses alliés traditionnels, le pouvoir malien a créé un vide que l’AES est incapable de combler. La stratégie qui consistait à s’appuyer massivement sur les mercenaires d’Africa Corps (ex-Wagner) pour reconquérir le territoire montre ses limites objectives. Si la reprise éphémère de Kidal fin 2023 avait été célébrée à grands renforts de propagande, la perte brutale de cette même ville stratégique quelques mois plus tôt en avril, doublée de la mort du ministre de la Défense, a agi comme un violent retour à la réalité.
Le constat est implacable : l’AES n’a pas sanctuarisé le Sahel ; elle a offert aux groupes armés terroristes et aux indépendantistes touareg du FLA un terrain de jeu fragmenté où ils démontrent une capacité de coordination inédite. Les assauts simultanés menés du nord au centre du pays prouvent que les forces armées, malgré les discours officiels de montée en puissance, subissent le rythme des insurgés.
L’asphyxie économique et l’insécurité aux portes de la capitale
L’argument pivot des régimes de l’AES reposait sur leur capacité supposée à garantir l’intégrité territoriale là où les forces internationales auraient échoué. Or, la situation actuelle est pire. Le blocus asphyxiant imposé par le JNIM autour de Bamako depuis septembre 2025, entraînant de graves pénuries de carburant et une crise économique structurelle, prouve que la menace n’est plus confinée aux confins désertiques. Elle paralyse le cœur économique et politique du pays.
L’attaque de la prison de Kéniéroba, située à peine à 70 kilomètres de la capitale, illustre le degré de vulnérabilité du dispositif de sécurité. Quand un centre pénitentiaire de haute sécurité abritant des éléments hautement dangereux peut être pris pour cible au point de couper les communications, c’est l’autorité même de l’État qui vacille.
L’AES au pied du mur
L’Alliance des États du Sahel s’est construite sur le rejet de l’extérieur et la promesse d’une solution endogène radicale. Mais remplacer des partenariats multilatéraux par une dépendance exclusive envers Moscou ne constitue pas une politique de défense. Le constat opérationnel est amer : la coordination inter-États promise par l’AES reste invisible face à la réalité des assauts coordonnés des groupes armés sur le sol malien.
À force de privilégier la survie politique des régimes au détriment d’une vision géopolitique globale et inclusive, l’AES s’enferme dans une impasse sécuritaire. Sans une profonde remise en question des alliances, une réouverture des canaux de dialogue et une stratégie qui dépasse le simple cadre de la réponse militaire brutale, le Sahel risque de s’enfoncer durablement dans un chaos que ses dirigeants actuels n’ont manifestement plus les moyens de contenir.







