Face à la vague d’enlèvements d’opposants par la Sécurité d’État à Bamako, l’homme politique en exil Ismaël Sacko dénonce une « stratégie de terreur ».
Un constat implacable qui souligne surtout une vérité dérangeante : au Mali, la baïonnette a définitivement remplacé le bulletin de vote, tandis que l’opposition en est réduite aux condamnations à distance.
C’est le nouveau mode opératoire de la « refondation » sauce Bamako : les hommes armés, cagoulés, et les pick-ups anonymes qui surgissent au milieu de la nuit. En l’espace de quelques semaines, des figures majeures de la scène politique, religieuse et de la société civile – de l’avocat Mountaga Tall à des proches de l’imam Dicko – ont été méthodiquement « volatilisées » par les services secrets maliens. Officiellement soupçonnés d’être liés à des attaques terroristes sans la moindre preuve factuelle, ils subissent surtout le châtiment classique des régimes aux abois : la séquestration hors cadre légal.
La paranoïa comme doctrine de gouvernance
Derrière ces méthodes de barbouzes, la grille de lecture est limpide. Faute de pouvoir présenter un bilan sécuritaire crédible face à la progression des groupes djihadistes du JNIM, qui encerclent la capitale à seulement quelques dizaines de kilomètres, la junte militaire s’est trouvé un ennemi de substitution beaucoup plus facile à capturer : la contradiction politique.
Pour Assimi Goïta et ses hommes, tout débat est une trahison, toute nuance est une complicité avec le terrorisme. Cette fuite en avant dans la violence d’État trahit moins une démonstration de force qu’une immense paranoïa institutionnelle. Le pouvoir militaire, bunkérisé entre Kati et Bamako et se déplaçant sous haute escorte, cherche à terroriser une classe politique malienne déjà largement anesthésiée, transformant le pays en une prison à ciel ouvert où le silence est la seule garantie de survie.
Mais la critique serait incomplète sans pointer le miroir déformant de la résistance. Depuis l’étranger, le président du parti dissous PSDA, Ismaël Sacko, évoque un « éveil des consciences » et une opposition qui « s’organise autrement ». Des mots courageux, certes, mais qui résonnent avec une terrible légèreté face à la réalité du terrain.
Dénoncer la « gouvernance sans fin » d’une transition sans limite depuis le confort de l’exil montre les limites structurelles de la politique malienne actuelle. Face à des colonels qui gouvernent à coups de décrets d’interdiction et de détentions au secret, les communiqués de presse et les interviews sur les médias internationaux ressemblent à des coups d’épée dans l’eau. L’opposition feint de croire que le régime de Bamako est sensible à l’opinion ou au droit, alors que ce dernier a déjà acté sa rupture totale avec les codes de la diplomatie et de la légalité.
Au Mali, la terreur d’État fonctionne parce qu’elle n’a aucun contre-pouvoir réel à affronter. Les opposants de l’intérieur attendent la nuit que l’on vienne les chercher, tandis que ceux de l’extérieur documentent un naufrage démocratique qu’ils n’ont plus les moyens d’infléchir.







