Les relations déjà fragiles entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, ont franchi un nouveau cap de tension ce week-end. Dans une interview télévisée diffusée samedi soir, le chef de l’État a publiquement critiqué ce qu’il considère comme une « personnalisation excessive » du pouvoir autour de son chef de gouvernement, au sein même du parti au pouvoir, le Pastef.
« Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre », a affirmé Bassirou Diomaye Faye, rappelant sans détour qu’il détient, en vertu de la Constitution, l’essentiel du pouvoir exécutif. Le président a toutefois précisé que, jusqu’à présent, Ousmane Sonko restait en poste parce que son travail lui donnait satisfaction.
Ces déclarations illustrent l’approfondissement d’un malaise politique latent depuis l’arrivée au pouvoir du duo issu de l’opposition radicale à l’ancien président Macky Sall. Figure charismatique de la contestation, Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de février 2024 après une condamnation pour diffamation, synonyme de perte de ses droits civiques. Il avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution.
Porté par une forte mobilisation populaire, notamment de la jeunesse, Faye avait remporté la présidentielle avant que le Pastef n’obtienne une large victoire aux élections législatives. Le nouveau pouvoir promettait alors une rupture profonde : lutte contre la corruption, réforme de la gouvernance et affirmation de la souveraineté nationale face à l’ancienne puissance coloniale française.
Mais depuis cette victoire historique, les divergences entre les deux hommes n’ont cessé de s’accentuer. Si Sonko conserve une popularité considérable et une influence déterminante au sein du parti, le président Faye entend rappeler que le projet politique dépasse les ambitions individuelles. « Les sacrifices ayant conduit à des morts, des blessés et des emprisonnements n’ont pas été faits pour les beaux yeux d’un homme, mais pour la quintessence du projet », a-t-il martelé.
Le chef de l’État a mis en garde contre le risque de voir le Pastef « détruit » si ses membres persistent dans une logique de personnalisation du pouvoir. « La survie du projet ne peut aller de pair avec une personnalisation excessive », a-t-il insisté, plaidant pour une dépersonnalisation du leadership et une primauté du programme politique sur les figures qui l’incarnent.
Cette sortie intervient quelques semaines seulement après un discours offensif d’Ousmane Sonko devant les militants du Pastef, au cours duquel il avait accusé le président d’un « manque de leadership ». Un échange de critiques publiques inédit qui alimente depuis la chronique politique sénégalaise et suscite des interrogations sur la stabilité de l’exécutif.
Si un éventuel limogeage du Premier ministre reste juridiquement possible, une telle décision pourrait s’avérer politiquement délicate compte tenu du poids de Sonko dans la majorité et de son aura auprès de la base militante. En attendant, ce bras de fer au sommet de l’État met à l’épreuve la cohésion du pouvoir et la capacité du Pastef à transformer l’élan populaire de 2024 en gouvernance apaisée







