Le 18 août 2020 restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Maliens. Ce jour-là, le président Ibrahim Boubacar Keïta, plus connu sous les initiales IBK, était contraint à la démission après une mutinerie militaire partie du camp de Kati, aux portes de Bamako.
Quelques heures plus tard, le chef de l’État apparaissait à la télévision nationale pour annoncer son départ, mettant fin à sept années d’un pouvoir qui avait suscité tant d’espoirs avant de sombrer dans une profonde crise.
Six ans après ces événements, une question demeure : qu’est-ce qui a réellement changé au Mali ?
Une chute annoncée
Lorsque les militaires prennent le pouvoir en août 2020, le régime d’IBK est déjà fragilisé. Depuis plusieurs mois, le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) mobilise des milliers de manifestants dans les rues de Bamako. Les revendications sont nombreuses : dénonciation de la mauvaise gouvernance, contestation des résultats des élections législatives, corruption présumée et incapacité du pouvoir à endiguer l’insécurité grandissante.
À cela s’ajoute un contexte économique et social difficile, marqué par des tensions autour de l’école, des services publics et de la gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19. Malgré plusieurs tentatives de médiation, notamment de la CEDEAO, la contestation ne faiblit pas. Le pouvoir apparaît alors isolé tandis que la colère populaire gagne du terrain.
Le coup de Kati
Le matin du 18 août 2020, des tirs éclatent dans le camp militaire de Kati. Très vite, la mutinerie se transforme en coup d’État. Des responsables politiques et militaires sont arrêtés. En fin de journée, le président IBK et son Premier ministre Boubou Cissé sont conduits à Kati par les soldats rebelles. Dans la nuit, le chef de l’État annonce sa démission, celle de son gouvernement ainsi que la dissolution de l’Assemblée nationale.
Pour une partie de la population, la chute d’IBK est accueillie avec soulagement. Dans plusieurs quartiers de Bamako, des scènes de liesse sont observées. Beaucoup y voient l’opportunité d’un nouveau départ pour un pays confronté depuis des années aux violences jihadistes, aux tensions communautaires et à la défiance envers les institutions.
L’ère de la transition
À la suite du coup d’État, les militaires regroupés au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) prennent les commandes. Parmi eux émerge rapidement une figure : le colonel Assimi Goïta, qui deviendra l’homme fort du pays. Les putschistes promettent alors une transition courte, destinée à remettre le Mali sur les rails avant un retour à l’ordre constitutionnel.
Mais les années qui suivent sont marquées par de nouveaux bouleversements politiques. La transition connaît plusieurs rebondissements, tandis que le calendrier électoral est repoussé à plusieurs reprises. Dans le même temps, Bamako opère un repositionnement stratégique majeur sur la scène internationale, notamment en réduisant considérablement sa coopération avec la France et en renforçant ses liens avec la Russie.
Six ans après, entre espoirs et interrogations
Aujourd’hui, six ans après la chute d’IBK, les avis restent partagés. Les autorités de transition mettent en avant la reconquête de certaines localités stratégiques, le renforcement de la souveraineté nationale et une affirmation plus marquée de l’indépendance politique du pays.
Cependant, les défis sécuritaires demeurent. De nombreuses zones restent confrontées à l’activité des groupes armés, tandis que les questions liées à la gouvernance, à l’économie et aux libertés publiques continuent d’alimenter le débat national. Plusieurs observateurs soulignent également que les promesses initiales de la transition n’ont pas toutes été concrétisées.
Le verdict de l’histoire
La chute d’IBK fut bien plus qu’un simple changement de régime. Elle a marqué la fin d’un cycle politique et l’ouverture d’une nouvelle période dont les contours restent encore en construction. Le 18 août 2020 a révélé les profondes fractures de l’État malien mais aussi les aspirations d’une population en quête de stabilité, de sécurité et de bonne gouvernance.
Six ans plus tard, le Mali continue de chercher son équilibre. Entre héritage du passé, défis du présent et incertitudes de l’avenir, une certitude demeure : la chute d’IBK reste l’un des tournants majeurs de l’histoire politique contemporaine du pays.







