Le protocole malien avait sorti le tapis rouge, ou du moins ce qu’il en reste après plusieurs saisons de tempêtes sahéliennes. Mardi matin, Bassirou Diomaye Faye a débarqué à Bamako pour une « visite d’amitié et de travail ». Traduction diplomatique : on vient discuter de sujets qui fâchent en essayant de se donner l’air de vieux copains.
Le président sénégalais, fraîchement promu patron politique de la Cedeao, est allé serrer la main du général Assimi Goïta, lequel dirige un Mali qui a claqué la porte de l’organisation régionale avec le Burkina Faso et le Niger pour fonder son propre club : l’Alliance des États du Sahel (AES). Une sorte de divorce continental où tout le monde jure qu’il n’y a aucune animosité mais où personne ne s’invite plus aux repas de famille.
Après les salutations d’usage, les deux hommes se sont enfermés au palais présidentiel pour un tête-à-tête. Derrière les formules cordiales, les dossiers étaient nettement moins aimables : terrorisme, commerce régional, sécurité des axes routiers et relations entre voisins qui se parlent encore mais ne partagent plus la même maison.
À la sortie, Diomaye Faye a joué la partition fraternelle. Le Sénégal, a-t-il assuré, restera aux côtés du Mali pour relever les défis communs. Une déclaration de circonstance qui tombe au moment où les défis en question ressemblent davantage à des montagnes qu’à des collines.
Car le Mali traverse une zone de fortes turbulences. Les groupes jihadistes multiplient les offensives tandis que les mouvements indépendantistes touaregs ont repris l’initiative sur plusieurs fronts. Le tout sur fond de difficultés économiques persistantes. Dans ces conditions, même les camions de marchandises ont fini par lever le pied.
Le commerce entre Dakar et Bamako a d’ailleurs occupé une place importante dans les discussions. Le Mali dépend largement du port sénégalais pour ses importations. Problème : les attaques répétées sur l’axe Kayes-Bamako compliquent sérieusement le passage des convois. Les marchandises avancent désormais avec plus de prudence que certains ministres devant une commission d’enquête.
Selon un diplomate malien, la question est simple : comment assurer la sécurité des voyageurs et des commerçants ? Une interrogation qui résume à elle seule la situation régionale. Car au Sahel, les chefs d’État parlent intégration, coopération et fraternité pendant que les chauffeurs routiers consultent surtout les cartes des zones à risque.
Assimi Goïta, lui, est resté silencieux devant la presse. Une stratégie de communication qui présente un avantage considérable : on ne risque pas d’être contredit par ses propres déclarations. Le chef de la transition a préféré laisser son visiteur occuper le devant de la scène.
Reste que cette rencontre ressemble à un exercice d’équilibriste. D’un côté, la Cedeao cherche à maintenir des ponts avec ses anciens membres. De l’autre, l’AES entend démontrer qu’elle peut tracer sa route sans l’organisation ouest-africaine. Entre les deux, les réalités sécuritaires imposent parfois davantage de pragmatisme que les proclamations de souveraineté.
Au final, les deux dirigeants se sont quittés avec des poignées de mains, des photos officielles et des promesses de coopération. La diplomatie régionale adore ces images où tout le monde sourit. Le Sahel, lui, attend toujours les résultats. Entre les communiqués optimistes et les convois bloqués sur les routes, il reste parfois quelques kilomètres à parcourir.







