Alors qu’une nouvelle distinction vient saluer trente années de carrière, Rokia voit son actualité rattrapée par un autre combat, infiniment plus personnel.
Depuis sept ans, cette mère de famille est engagée dans une longue bataille judiciaire entre la Belgique et le Mali autour de la garde de sa fille. Un dossier complexe qui, selon ses avocats, a souvent fait l’objet de raccourcis médiatiques éloignés de sa réalité juridique.
Dans un communiqué, Me Thierry Moreau, avocat au barreau du Brabant wallon, Me Dimitri De Beco et Me Laurence Hayaux, tous deux avocats au barreau de Bruxelles, ont tenu à rétablir ce qu’ils considèrent comme plusieurs contrevérités.
« Contrairement à ce qui est parfois affirmé publiquement, notre cliente n’est pas poursuivie pour enlèvement ou kidnapping d’enfant », rappellent-ils. « La procédure en Belgique porte sur l’exécution d’une décision judiciaire rendue dans le cadre d’un contentieux familial. »
Pour les trois avocats, le dossier ne peut être compris sans prendre en compte l’existence de décisions judiciaires rendues dans deux pays différents. « Cette affaire est le résultat d’un conflit de juridictions particulièrement complexe, impliquant à la fois la justice belge et la justice malienne », expliquent-ils.
Selon eux, la situation remonte à 2019, lorsque la justice malienne a été saisie alors que l’enfant vivait au Mali avec sa mère. Les juges maliens ont alors rendu plusieurs décisions concernant l’enfant, tandis que la justice belge accordait la garde exclusive au père, de nationalité belge.
« Notre cliente s’est retrouvée confrontée à deux décisions de justice dont les conséquences étaient incompatibles dans les faits », soulignent les conseils de Rokia. « Il s’agit d’une situation humaine et juridique beaucoup plus nuancée que ce qui est parfois présenté dans les médias. »

Les avocats contestent également les accusations selon lesquelles leur cliente aurait cherché à soustraire l’enfant à son père.
« Madame Rokia n’a jamais empêché le père de voir son enfant et n’a jamais eu l’intention de rompre les liens entre eux », affirment-ils. « Présenter cette affaire comme un acte d’enlèvement est juridiquement inexact et préjudiciable. »
Autre point mis en avant par la défense : le comportement de leur cliente à l’égard des institutions judiciaires.
« Depuis sept ans, elle participe aux procédures en Belgique, assume d’importants frais de défense et effectue régulièrement des déplacements entre Bamako et Bruxelles afin de répondre aux convocations judiciaires », rappellent Me Moreau, Me De Beco et Me Hayaux. « Ces démarches démontrent le respect qu’elle porte à la justice belge, tout comme aux décisions rendues au Mali. »
Au-delà des aspects juridiques, les trois avocats souhaitent replacer les enfants au centre du débat.
« Derrière les polémiques et les commentaires médiatiques, il y a une famille qui vit depuis plusieurs années sous la pression d’un conflit judiciaire particulièrement éprouvant », soulignent-ils. « Pourtant, les enfants poursuivent leur scolarité avec succès, sont en bonne santé et continuent de grandir dans un environnement stable. »
Pour la défense, l’enjeu est désormais de permettre à la justice de poursuivre sereinement son travail, loin des jugements hâtifs.
« Nous appelons à la prudence et à la retenue dans les commentaires publics portant sur une procédure toujours en cours », concluent les trois avocats. « Les dossiers familiaux méritent d’être traités avec rigueur, équilibre et humanité. »
Au moment où une distinction vient consacrer un parcours professionnel de trente ans, Rokia continue ainsi de faire face à une épreuve qui dépasse le cadre judiciaire. Une histoire où se croisent la justice, la maternité, deux pays et, au centre de tout, l’intérêt d’une enfant.







