À Niamey, certains journalistes disparaissent désormais plus vite qu’un communiqué officiel embarrassant.
Depuis le 31 août, Moussa Kaka, directeur de Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de RFI au Niger, manque à l’appel. Selon Reporters sans frontières, il a quitté son bureau en fin de journée pour rentrer chez lui. Un trajet banal. Tellement banal qu’il s’est arrêté quelque part entre le bureau et le domicile. Depuis, silence radio.
L’affaire tombe mal. Très mal même. Car lorsqu’un journaliste connu s’évapore dans la nature sans laisser d’adresse, cela produit généralement un bruit de fond désagréable pour les autorités. Un bruit qui ressemble à une question toute simple : où est-il ?
RSF, qui n’a pas l’habitude de collectionner les avis de disparition pour le plaisir, s’est dite préoccupée et réclame l’ouverture rapide d’une enquête. Une demande qui, dans un État de droit, relève normalement du réflexe. Mais dans certaines contrées, le réflexe peut parfois prendre son temps.
Dans les rédactions nigériennes, l’inquiétude gagne du terrain. Moussa Kaka n’est pas un inconnu débarqué la veille avec un carnet et un micro. Son nom est associé depuis des années au paysage médiatique nigérien. Quand une personnalité aussi connue cesse brusquement de donner signe de vie, les hypothèses prolifèrent à la vitesse des rumeurs et les certitudes, elles, se font discrètes.
Pour l’heure, les faits tiennent dans une poche : un départ du bureau, une arrivée jamais constatée à domicile et plusieurs jours de silence. Le reste appartient aux enquêteurs, à condition qu’ils enquêtent.
En attendant, la disparition du journaliste rappelle une vieille vérité : dans les pays où l’information est parfois considérée comme une matière inflammable, ceux qui la fabriquent peuvent rapidement devenir embarrassants. Et lorsqu’un journaliste disparaît, ce n’est pas seulement un homme que l’on cherche. C’est aussi une réponse.
Une réponse que tout le monde attend désormais à Niamey. Et qui tarde à venir.







