Nouveau revers pour Ousmane Sonko dans le bras de fer qui l’oppose désormais à Bassirou Diomaye Faye. Le Conseil constitutionnel sénégalais a invalidé, jeudi, la réforme institutionnelle portée par la majorité parlementaire du Pastef, estimant qu’elle contrevenait à la Constitution.
Adopté à une large majorité par l’Assemblée nationale, où le Pastef dispose de 130 sièges sur 165, le texte ambitionnait de redessiner l’architecture du pouvoir en renforçant les prérogatives du Parlement et du Premier ministre, tout en réduisant certains pouvoirs du chef de l’État.
Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye lui-même, le Conseil constitutionnel a relevé deux irrégularités majeures : l’absence de mécanisme de financement pour la future Cour constitutionnelle prévue par la réforme et le non-respect de la procédure encadrant l’examen des amendements gouvernementaux lors des débats parlementaires.
Cette décision met un coup d’arrêt à un projet présenté par ses promoteurs comme un « rééquilibrage » des institutions sénégalaises. Le texte prévoyait notamment d’interdire au président de la République de diriger un parti politique ou une coalition, de renforcer le rôle du Premier ministre dans la conduite de l’action gouvernementale et d’élargir les pouvoirs de contrôle de l’Assemblée nationale.
Parmi les mesures les plus sensibles figurait également l’extension du pouvoir d’enquête parlementaire, qui aurait permis aux députés d’auditionner des magistrats et d’être systématiquement informés des conventions d’investissement liées à l’exploitation des ressources naturelles.
Sans surprise, la décision a immédiatement pris une dimension politique. « Cette décision s’impose à tous. Dont acte », a réagi Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux, adoptant un ton apaisé malgré l’échec de l’initiative portée par son camp. Le président de l’Assemblée nationale a toutefois souligné que le fonctionnement normal des institutions permettait d’éviter toute crise politique.
Le camp présidentiel, de son côté, a salué l’arrêt du Conseil constitutionnel. Dans un communiqué, la coalition Diomaye Président a appelé le chef de l’État à poursuivre les consultations engagées autour des réformes institutionnelles afin de « consolider la démocratie » sénégalaise.
Cette séquence intervient dans un contexte de plus en plus tendu entre les deux hommes forts du Pastef. Ancien mentor de Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a été écarté de la Primature le 22 mai avant de rebondir quatre jours plus tard à la tête de l’Assemblée nationale. Depuis, les divergences se sont multipliées entre les deux dirigeants.
Mardi encore, Sonko affirmait se trouver dans une situation de « cohabitation » avec le président, illustrant l’ampleur de la fracture qui traverse désormais le sommet de l’État. Pour de nombreux observateurs, l’invalidation de cette réforme marque un nouvel épisode d’une rivalité politique appelée à structurer durablement la vie politique sénégalaise.







