Nouvelle démonstration de force du général Muhoozi Kainerugaba. Le chef de l’armée ougandaise, également fils du président Yoweri Museveni, a ordonné la fermeture du principal groupe de médias indépendant du pays, Nation Media Group (NMG), provoquant une vague d’inquiétude parmi les défenseurs de la liberté de la presse.
Dans une série de messages publiés dans la nuit du 28 au 29 juin sur le réseau social X, le général de 52 ans a annoncé la fermeture immédiate de NTV Uganda, de plusieurs stations de radio et du quotidien Daily Monitor, l’un des journaux les plus influents du pays. « En Ouganda, je ne crois pas à la liberté de la presse », a-t-il notamment déclaré, affirmant que « tous les médias devront désormais respecter les règles ».
Quelques heures plus tard, les médias visés ont signalé la présence de militaires devant leurs locaux à Kampala. Selon Nation Media Group, l’opération a débuté dans la nuit, avec une interruption des activités et de la diffusion de plusieurs chaînes de télévision et stations de radio du groupe.
Cette offensive marque une nouvelle étape dans l’affirmation politique de Muhoozi Kainerugaba. Depuis plusieurs mois, le chef de l’armée multiplie les prises de position controversées, ordonnant publiquement l’arrestation de responsables politiques et de militants. Beaucoup d’observateurs voient en lui le successeur désigné de son père, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Le Daily Monitor entretient depuis longtemps des relations tendues avec le régime. Fondé en 1992, il s’est imposé comme l’un des rares médias indépendants du pays. En 2013 déjà, le journal avait été suspendu pendant près de deux semaines après la publication d’informations évoquant un projet de succession politique impliquant Muhoozi Kainerugaba.
La fermeture a suscité de vives réactions. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé une « escalade profondément inquiétante » contre les médias indépendants, tandis que l’organisation de défense des droits humains Vocal Africa a réclamé le retrait immédiat des forces de sécurité des locaux du groupe de presse et le rétablissement des émissions interrompues.
L’affaire intervient dans un contexte déjà préoccupant pour la liberté de la presse en Ouganda. Le pays occupe la 143e place sur 180 dans le dernier classement mondial établi par Reporters sans frontières (RSF), reflet des pressions croissantes exercées sur les journalistes et les médias critiques du pouvoir.
Pour nombre d’observateurs, cette fermeture dépasse le simple différend entre un responsable militaire et un groupe de presse. Elle est aussi un signal politique, à quelques mois d’échéances qui pourraient accélérer la bataille de succession autour du président Museveni. Quarante ans après son arrivée au pouvoir, l’Ouganda semble plus que jamais confronté à la concentration du pouvoir entre les mains d’un même clan.







