Publié le 2 avril 2026 sous le titre prémonitoire « Personne ne pourra s’échapper », le rapport de Human Rights Watch (HRW) jette une lumière crue sur le gouffre humanitaire qu’est devenu le Burkina Faso.
Avec plus de 1 800 civils tués répertoriés entre janvier 2023 et août 2025, le document de plus de 300 pages dresse un bilan implacable. Mais la véritable déflagration politique de cette enquête tient dans la répartition des responsabilités : deux tiers de ces victimes (soit plus de 1 200 morts) sont imputés aux forces armées burkinabè (FDS) et à leurs supplétifs civils, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
En face, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est accusé d’avoir massacré près de 600 civils. Pris en étau entre la brutalité des insurgés et la violence aveugle de ceux censés les protéger, le peuple burkinabè subit une stratégie de la terreur théorisée au plus haut sommet de l’État.
Les FDS et les VDP : La doctrine des représailles et du ciblage ethnique
Le rapport de HRW met à nu la faillite morale et stratégique du régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Arrivée au pouvoir avec la promesse de reconquérir le territoire, la junte a basculé dans une logique d’exactions systématiques, qualifiée par l’ONG de crimes contre l’humanité et de « nettoyage ethnique ».
L’armée procède régulièrement à des raids de représailles massifs après chaque revers militaire. Le rapport documente des opérations d’envergure (telles que « Tchefari 2 » ou « Tourbillon vert ») où des villages entiers sont investis. Les civils y sont extraits de chez eux, ligotés et exécutés à bout portant sous le simple prétexte d’une supposée « complicité » avec l’ennemi.
Sous couvert de lutte antiterroriste, les autorités opèrent un amalgame mortifère en assimilant systématiquement l’ethnie peule aux groupes jihadistes. Encouragée par des discours menaçants issus de la présidence elle-même, cette dérive transforme les milices VDP – souvent peu formées et guidées par des griefs locaux – en instruments d’épuration communautaire.
Le JNIM : L’horreur froide de l’extrémisme
Face à l’armée, le JNIM mène une guerre d’usure tout aussi barbare. Le massacre de Barsalogho en août 2024, où des centaines de civils (réquisitionnés par l’armée pour creuser des tranchées) ont été fauchés par les balles jihadistes, illustre l’absence totale de distinction entre combattants et non-combattants. Pour les terroristes, tout civil vivant sous contrôle gouvernemental ou collaborant, même de force, avec les autorités devient une cible légitime.
Un huis clos totalitaire imposé par Bamako et Ouagadougou
La force du rapport de HRW réside également dans le fait d’avoir brisé le mur du silence. Depuis l’avènement de la junte, le Burkina Faso s’est enfoncé dans une paranoïa d’État : expulsion des journalistes étrangers, suspension des médias indépendants, menaces de mort et enrôlement forcé des magistrats ou des voix dissidentes sur le front.
En qualifiant ce document de « tissu d’allégations graves et infondées », le gouvernement burkinabè choisit le déni habituel. Pourtant, l’utilisation par l’ONG de l’intelligence artificielle pour analyser les réseaux sociaux des militaires, croisée avec plus de 380 témoignages de survivants réfugiés à l’étranger, offre une base de preuves que la simple rhétorique souverainiste de Ouagadougou ne suffit plus à masquer.
En documentant précisément la chaîne de commandement, HRW pousse les États partenaires et la Cour pénale internationale (CPI) à briser l’impunité qui protège les dirigeants burkinabè et les chefs terroristes. Ce rapport démontre qu’au Burkina Faso, la guerre pour la souveraineté s’est muée en une guerre contre sa propre population, scellant le tragique constat qu’en cherchant à éradiquer le terrorisme par la terreur, l’État s’est abaissé aux méthodes de ses bourreaux.







